Le nombre de personnes à faible revenu a chuté à Montréal depuis 15 ans, selon une donnée statistique dont se sert la Ville de Montréal pour dresser le profil sociodémographique de ses secteurs et arrondissements.

Mis à jour le 16 janv. 2019
ANDRÉ DUBUC LA PRESSE

Selon cet outil, on compte 176 000 personnes de moins parmi les ménages les plus pauvres depuis le début du millénaire.

Ils étaient plus d'un demi-million au recensement de 2001, 515 000 pour être précis, ce qui correspondait à 29 % de la population. Quinze ans plus tard, leur nombre est tombé à 339 000 et ils ne représentent plus que 18 % de la population de la région administrative de Montréal.

Les données étudiées sont les seuils de faible revenu après impôt. Elles sont tirées des recensements de Statistique Canada. La Ville de Montréal les a reproduites dans le profil sociodémographique du quartier des Faubourgs dans le cadre de la consultation publique qui se déroule sur le plan particulier d'urbanisme qui viendra encadrer le développement du territoire à l'avenir.

« Ces seuils sont des limites de revenu en deçà duquel un ménage est susceptible de consacrer une part plus importante de son revenu après impôt à l'achat de nécessités comme la nourriture, le logement et l'habillement qu'une famille moyenne. » - Le service des études économiques du Mouvement Desjardins, dans une étude sur la pauvreté parue en 2017

Trois autres outils statistiques y sont utilisés pour quantifier les ménages à faible revenu.

Dans cette étude, Desjardins observe une baisse du nombre de Québécois touchés par la pauvreté depuis 2012, peu importe la mesure utilisée, mais les données observées s'arrêtent en 2014. L'étude conclut cependant que de nombreux Québécois n'arrivent pas à joindre les deux bouts et qu'il faut rester à l'affût du phénomène.

Pour Lassad Damak, économiste chez Emploi Québec, l'embellie du marché du travail explique certainement la tendance baissière. « Le marché du travail s'est tellement amélioré, que ça se reflète forcément sur la distribution des revenus », dit-il dans un entretien téléphonique.

De meilleurs moments

Il est vrai que l'agglomération montréalaise connaît ses meilleurs moments sur le plan économique. Depuis 2014, il s'est ajouté 150 000 emplois dans la région et le chômage est passé d'un taux de près de 11 % pour glisser à 7,3 % en 2018, et il pourrait atteindre 6,8 % en 2019.

Depuis 2017, l'économie de l'île de Montréal progresse à un rythme plus rapide que celui de la province et ça se poursuivra en 2019, selon un état de la situation, publié par le Mouvement Desjardins en décembre dernier.

Néanmoins, cette baisse draconienne de personnes à faible revenu ne convainc pas tous les économistes. 

« La diminution de 515 000 à 339 000 pour la région de Montréal m'apparaît d'emblée énorme et je ne me l'explique pas », confie Stéphane Crespo, analyste-Statistiques et indicateurs sociaux à l'Institut de la statistique du Québec. Elle est contradictoire avec d'autres mesures. Étant donné ces contradictions, j'associerais [le] résultat moins à une tendance franche qu'à un effet de méthode. »

Personnes à faible revenu(1) dans l'agglomération de Montréal

2001 : 514 925 ou 29 % de la population

2016 : 339 060 ou 17,9 % de la population

(1) Population dans les ménages privés à faible revenu fondée sur les seuils de faible revenu après impôt (SFR-I)

Source : StatCan, recensements de 2001 et 2016 tirés de Profil de quartier, secteur des Faubourgs, arrondissement de Ville-Marie, une publication de Montréal en statistiques du Service du développement économique, août 2018