Au moins trois délégations d'investisseurs chinois, certains parmi les plus importants de l'empire du Milieu, étaient de passage à Montréal en même temps hier, signe tangible d'un important réchauffement des relations entre la Chine et le Canada.

Mis à jour le 18 oct. 2016
Jean-François Codère LA PRESSE

D'abord, des membres du prestigieux China Entrepreneur Club, la crème de la crème du monde des affaires chinois, ont amorcé dimanche un voyage de huit jours au pays. À Montréal, hier, ils ont notamment rencontré les PDG du Cirque du Soleil et de Bombardier.

Un autre groupe de visiteurs était quant à lui formé de neuf dirigeants de six entreprises chinoises membres de la Zhongguancun Private Equity & Venture Capital Association (ZVCA), un organisme dont les quelque 1000 membres, des fonds d'investissement, disposent de capitaux totalisant plus de 200 milliards US. L'actionnaire principal du Cirque du Soleil, Fosun, est l'un de ces membres.

Ceux-là étaient venus spécifiquement à Montréal pour chercher des entreprises dans lesquelles investir. Ils ont prévu une cagnotte de 500 millions à 1 milliard US pour leurs investissements canadiens.

« Nous sommes bien au courant que la biotechnologie, la pharmaceutique, l'aérospatiale et le multimédia sont des secteurs dans lesquels le Québec est très avancé et jouit d'une bonne réputation internationale », a indiqué à La Presse Shaojie Wang, président de la ZVCA.

« Les Québécois et les Chinois partagent plusieurs points communs. Les manifestations d'amitié des deux peuples sont similaires. Il y a une bonne compréhension culturelle de part et d'autre. »

« Nous avons aussi bien compris que le soutien du gouvernement québécois est multiple et direct. Le Québec dispose de plus d'autonomie que les autres provinces, les prises de décisions sont plus rapides, juge-t-il. Mais surtout, vous avez un système d'éducation fort, des talents et des technologies. »

Ses membres sont intéressés par tous ces domaines, et à différentes étapes de développement. « Nous aimerions commencer par des entreprises de taille moyenne, puis plus tard peut-être par de grandes entreprises », a indiqué M. Wang. Certains membres de sa délégation s'affichaient directement comme étant intéressés par des entreprises « du prototype à la série A ».

« Décennie dorée »

Pour l'avocate montréalaise Judy Hou, qui se spécialise dans l'accompagnement d'entrepreneurs et d'investisseurs chinois au Canada, il ne fait aucun doute que les visites réciproques, en l'espace de moins d'un mois, des premiers ministres Justin Trudeau et Li Keqiang ont lancé un fort message dans le milieu des affaires chinois.

« C'est le début d'une décennie dorée », dit-elle.

Et pour une fois, Montréal est en bonne position pour en profiter, estime-t-elle.

« La plupart des Chinois connaissent Vancouver, pas Montréal. Mais là, c'est à Montréal et pas à Vancouver que le premier ministre chinois est venu. C'est paru dans tous les journaux en Chine, et beaucoup de Chinois ont découvert une nouvelle île ! »

La création récente d'un vol direct entre Pékin et Montréal aide aussi énormément, selon elle. L'ajout d'une liaison avec Shanghai, « le centre d'affaires de la Chine », à compter de la mi-février ne fera qu'ajouter à cet engouement.

Tout en montrant des photos de lui prises avec Denis Coderre et Philippe Couillard en Chine, M. Wang se dit par ailleurs enchanté de l'accueil que les entrepreneurs et politiciens québécois réservent aux investisseurs chinois.

« Les Québécois sont conscients que la collaboration avec la Chine est importante, leur attitude est très sincère. »