Comme la cavalerie dans les westerns, les investisseurs sont arrivés juste à temps. Arrivée pratiquement au bout de ses liquidités, la biotech montréalaise Methylgene vient de décrocher un joli magot de 34,5 millions de dollars qui lui permettra de continuer le développement de ses médicaments contre le cancer et les infections à champignon.

Publié le 26 mars 2011
Philippe Mercure LA PRESSE

Les actionnaires ont célébré la nouvelle hier en poussant le titre d'un impressionnant 104,35% à la Bourse de Toronto, où il a clôturé à  24 cents.

«C'est un nouveau départ pour nous», s'est réjoui le nouveau président de la boîte, Charles Grubsztajn, entré en poste en septembre dernier justement avec la mission de relancer l'entreprise de 25 employés.

Il était minuit moins une pour Methylgene, qui, en septembre dernier, n'avait plus qu'une dizaine de millions de dollars dans ses coffres.

«En fait, on avait assez de liquidités pour durer jusqu'à la fin du mois de mars», a confié hier M. Grubsztajn en ce... 25 mars.

Le financement, annoncé après la fermeture des marchés jeudi, est signé par plusieurs investisseurs américains, dont Baker Bros Advisors, Tavistock Life Sciences, OrbiMed Advisors et Tang Capital Partners. ProQuest Investments, fonds américain qui possède un bureau à Montréal, ainsi que le Fonds de solidarité FTQ, tous deux déjà actionnaires de Methylgene, ont aussi participé au nouveau financement.

Les investisseurs ont acheté des unités formées d'actions de Methylgene et de bons de souscription qui permettront d'acheter des actions supplémentaires à un prix déterminé.

Des fonds jusqu'en 2014

Methylgene planche sur deux produits principaux. Le premier porte le nom de code MGCD265 et est actuellement testé sur des patients contre le cancer du poumon. On croit que l'autre, MGCD290, pourrait traiter la candidose vulvo-vaginale, une infection à champignons.

Le financement décroché cette semaine devrait être suffisant pour permettre aux deux produits de franchir les études de phase II, la deuxième des trois séries de tests que doivent subir les médicaments avant d'être commercialisés. Methylgene affirme avoir maintenant assez d'argent pour poursuivre ses activités jusqu'en 2014.

Comme bien des entreprises de biotechnologies, Methylgene a été fortement ébranlée par la récente crise financière. Elle a dû procéder l'an dernier à une restructuration supervisée par les tribunaux. La manoeuvre, assez technique, consistait à transférer les actifs de Methylgene dans une nouvelle entité dans le but de vendre les pertes fiscales dont elle ne pouvait bénéficier puisqu'elle ne générait pas de profits.

«La situation de la biotechnologie est en chute au Québec, mais il y a plusieurs entreprises et projets intéressants à Montréal et dans la province. Ce qu'on vient de montrer, c'est qu'il est très possible d'obtenir ce type de financement, mais il faut avoir l'appui de tous les gens d'ici», a dit M. Grubsztajn.

À son arrivée en poste en septembre, le président avait conservé la science développée chez Methylgene, mais avait changé le plan d'affaires pour que les molécules soient testées contre les maladies dont les marchés sont les plus importants. Il avait aussi revu la façon de conduire les études cliniques chez les patients, ce qui a eu l'heur de plaire aux investisseurs.

M. Grubsztajn a par ailleurs confié qu'il songeait à terme à inscrire son entreprise à la Bourse américaine technologique NASDAQ, où il croit qu'elle serait mieux valorisée que sur le TSX.