Le Canadien semble jouer plus volontiers les gros bras avec ses employés étudiants que contre les «goons» des Bruins de Boston. Après avoir mangé une volée 7-0 contre la bande à Lucic et Chara jeudi soir, le bleu-blanc-rouge reprenait les hostilités, vendredi, cette fois devant le tribunal où il lui était reproché d'empêcher les employés de sa boutique de souvenirs de se syndiquer.

Publié le 26 mars 2011
André Dubuc LA PRESSE

Les parties patronales et syndicales ont croisé le fer devant la Commission des relations du travail (CRT) pour traiter une requête en ordonnance, déposée par le syndicat, afin de faire cesser l'entrave et l'intimidation à l'égard d'une association de salariés.

L'audience a été suspendue en matinée à la demande des parties qui souhaitaient négocier. «Une entente est intervenue en fin de journée», a indiqué Sandra Pageau, responsable du bureau montréalais de la CRT, qui n'en connaissait pas les modalités. Ni l'Alliance internationale des employés de scène, de théâtre, techniciens de l'image, artistes et métiers connexes (IATSE) ni le Canadien n'ont commenté.

Le 23 février dernier, la CRT ordonnait la tenue d'un vote au scrutin secret pour déterminer si les 18 employés étudiants de la boutique souvenir du Centre Bell souhaitent être représentés par l'IATSE. Les relations de travail ont depuis dégénéré.

Selon l'IATSE, vers le 14 mars 2011, un représentant de l'employeur a mentionné aux salariés visés par l'accréditation syndicale que «si ceux-ci votent en faveur de la représentation syndicale, ils ne travailleront plus pour l'Aréna des Canadiens puisque leur travail sera alors transféré à la firme Thomson Tremblay».

L'Aréna des Canadiens est l'employeur des salariés de la boutique. Cette entreprise offre divers services liés à la présentation d'événements culturels et sportifs au Centre Bell. La société appartient à la société de portefeuille des Molson. Pierre Boivin en est son président. Thomson Tremblay est une agence de recrutement et de placement située tout juste en face du Centre Bell, au 1250 René-Lévesque Ouest. L'actionnaire majoritaire est le groupe Bertucci, de Montréal.

Depuis cette date, des employés de Thomson Tremblay sont présents sur les lieux de travail des salariés, se font former et font une partie de leur travail, fait valoir l'IATSE.

Le syndicat soutient que les intimés «intimident les salariés, cherchent à inspirer de la crainte chez eux et les incitent à voter à l'encontre d'une représentation syndicale». Le requérant demande à la Commission d'ordonner aux intimés de cesser leur manège et de communiquer aux salariés une lettre rectifiant les propos tenus par le représentant de l'employeur en plus d'y mentionner que la syndicalisation ne diminuera pas les conditions de travail des salariés et que ceux-ci sont libres d'exercer leur choix.

Le dossier de reconnaissance de cette accréditation syndicale traîne en longueur depuis mai 2010. L'Aréna des Canadiens, notamment, plaidait que l'unité de négociation demandée n'était pas la bonne et qu'elle devait regrouper les employés de la boutique du Centre Bell, ceux de la boutique du complexe à Brossard, ceux du Temple de la Renommée et de l'entrepôt pour un total de 38 salariés. Cette requête a été rejetée le 23 février par la CRT.

Décidément, le Canadien compte plus d'accréditations syndicales que de défenseurs en santé : si jamais les vendeurs de souvenirs votent en faveur du syndicat, ce sera la neuvième accréditation syndicale chez Aréna des Canadiens. Ces neuf unités de négociation sont représentées par un trio de syndicats. À droite, le local 1999 de l'Union des routiers, brasseries, liqueurs douces et ouvriers de diverses industries représente à la fois les préposés au comptoir alimentaire, les placiers, les agents de sécurité et le personnel d'entretien. Au centre, évolue le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier, qui représente les lanceurs de sacs de chips dans les gradins et les préposés affectés à la vente de souvenirs dans les stands. À gauche, l'IATSE défend les intérêts des techniciens de scène et des habilleurs.

On doute que les joueurs des Canadiens, membres de l'Association des joueurs de la Ligue nationale de hockey, fassent preuve de solidarité syndicale à l'égard de leurs camarades de la boutique de souvenirs. Quoi qu'il arrive, gageons que ceux-ci vendront passablement moins de chandails de Carey Price après la dégelée subie jeudi à Boston.