Le grand casse-tête des jeunes qui veulent faire carrière en agriculture, ce sont les coûts prohibitifs d'acquisition d'une ferme. La Fédération de la relève agricole du Québec (FRAQ) espère qu'une partie de la solution viendra avec le Fonds de capital patient, qui soutiendrait les nouveaux agriculteurs dans les premières années d'exploitation.

Mis à jour le 25 févr. 2010
Hugo Fontaine
Hugo Fontaine LA PRESSE

«Le dossier avance très bien, on espère une annonce sous peu pour ce programme-là», a dit le premier vice-président de la FRAQ, Yohan Perreault, dans une entrevue à La Presse Affaires. L'idée pourrait se retrouver dans la politique agricole que le gouvernement provincial compte lancer ce printemps.

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Les coûts d'acquisition d'une ferme varient énormément d'une production à l'autre, mais ils atteignent facilement plusieurs centaines de milliers de dollars, note Yohan Perreault, qui a lancé en 2003 sa production maraîchère à Notre-Dame-de-Lourdes, au nord de Joliette. Sauf que si les investissements initiaux sont énormes, les revenus sont généralement minimes dans les premières années.

Le Fonds aurait donc pour objectif d'accorder des prêts aux jeunes agriculteurs. Cela viendrait s'ajouter aux autres programmes existants de la Financière agricole et de certaines fédérations spécialisées.

Un peu à l'image d'un prêt étudiant, le prêt tiré du Fonds ne nécessiterait aucun remboursement pendant un certain nombre d'années et serait assorti d'un congé d'intérêts. À partir du moment où le bénéficiaire remboursera le capital et les intérêts, l'argent pourra servir à prêter à d'autres.

Tant le gouvernement que le secteur privé seraient appelés à contribuer au Fonds. «Dans les pourparlers en cours, on parle d'un fonds de 75 millions», souligne Yohan Perreault.

Faciliter les transferts

Cela fait au moins cinq ans que la FRAQ travaille à l'idée du Fonds de capital patient. L'automne dernier, l'Union des producteurs agricoles, dont est membre la FRAQ, l'a incluse dans sa proposition de politique agricole, tout comme l'idée d'un régime d'épargne transfert.

Celle-ci est dans l'air depuis quelques années, même si, selon M. Perreault, elle n'est pas aussi développée que celle du Fonds de capital patient.

Une mise en contexte s'impose. Quand un agriculteur prend sa retraite, deux options s'offrent à lui. Il peut démanteler la ferme, c'est-à-dire liquider les biens, vendre les animaux, vendre ses quotas, etc. Il peut également transférer sa propriété à un jeune, qu'il soit de sa famille ou non, acceptant de ce fait un prix moindre que la valeur marchande de sa ferme.

Or, un producteur peut retirer jusqu'à deux fois plus d'argent s'il démantèle la ferme. «Le seul avantage du transfert est de voir l'entreprise se perpétuer dans le temps, explique Yohan Perreault. Sur le plan financier, il a tout avantage à démanteler.»

Une politique agricole au printemps

L'épargne transfert veut s'attaquer à ce déséquilibre. Comme dans un régime d'épargne-études, un agriculteur placerait son épargne dans le régime. Si, au moment de sa retraite, il transfère la ferme au lieu de la démanteler, le gouvernement lui verse une somme supplémentaire, en plus du capital et des intérêts. Cela bonifierait donc les revenus tirés du transfert, tout en permettant au jeune acquéreur de mettre la main sur une ferme à prix moindre.

S'il n'y a pas de transfert, l'agriculteur toucherait tout de même l'épargne et les intérêts.

Le ministère de l'Agriculture compte lancer sa politique agricole ce printemps et le document est en rédaction, a confirmé le bureau du ministre Claude Béchard. Mais la porte-parole du ministre n'a voulu donner aucun détail sur le contenu de la politique, ni sur l'intérêt porté aux idées de Fonds de capital patient ou d'épargne-transfert.

En mars 2008, le ministre de l'époque, Laurent Lessard, avait indiqué à l'assemblée de la FRAQ que le dossier du capital patient semblait évoluer plus rapidement que celui de l'épargne transfert.

Environ un millier de producteurs agricoles quittent le marché chaque année, pendant que de 600 à 700 jeunes prennent la relève. C'est donc dire qu'il faudrait annuellement 300 nouveaux agriculteurs de plus pour maintenir autour de 30 000 le nombre total de fermes au Québec.

 

LE REER DÉLAISSÉ

Les agriculteurs sont parmi les Canadiens qui utilisent le moins le REER. Une étude de Statistique Canada avait constaté le phénomène en 1994. «En 15 ans, cette situation ne semble pas avoir évolué de façon significative», note l'UPA dans sa proposition de politique agricole dévoilée à la fin de 2009. Les agriculteurs sont plutôt enclins à utiliser leur argent disponible pour réinvestir dans l'entreprise. Ce manque d'épargne influence fortement les décisions des producteurs au moment de la retraite, à savoir s'ils optent pour le démantèlement ou le transfert (moins payant) de la ferme.