Comme on s'y attendait, la Caisse de dépôt et placement a absorbé des pertes abyssales au cours de l'année 2008. Ce qu'on ne savait pas, c'est que l'institution a été largement battue par les autres fonds de retraite et le marché dans son ensemble.

Mis à jour le 26 févr. 2009
Francis Vailles
Francis Vailles LA PRESSE

Globalement, 14 des 17 portefeuilles de la Caisse ont été surpassés par les indices de marché. Les actions américaines, l'immobilier, les actions des marchés en émergence, bref presque tous les portefeuilles ont été surclassés. Seuls les gestionnaires d'actions canadiennes et les placements privés ont fait mieux que leurs indices.

 

Ces indices, rappelons-le, sont la mesure ultime de comparaison. Les gestionnaires utilisent habituellement le TSX de la Bourse de Toronto pour les actions canadiennes ou le S&P 500 pour les actions américaines, par exemple.

Globalement, le rendement de la Caisse (la moyenne des portefeuilles) a été de -25% en 2008, comparativement à -18,5% pour la moyenne des indices, un écart défavorable de 6,6% (avec les arrondissements).

En valeur absolue, les pertes de la Caisse se chiffrent à 39,8 milliards de dollars. L'écart de 6,6% signifie que les décisions des gestionnaires de la Caisse ont coûté 10,6 milliards aux déposants.

«C'est très décevant. Les gestionnaires ont pris des gageures différentes que leurs portefeuilles de référence et ça s'est avéré mauvais», dit Jacques Bourgeois, professeur honoraire de finance de HEC Montréal.

L'actif net des déposants est donc passé de 155,4 milliards à la fin de 2007 à 120,1 milliards à la fin de 2008, compte tenu des contributions nettes de 4,6 milliards des déposants (RRQ, CSST, RREGOP, etc.).

En fait, non seulement les équipes de chacun des portefeuilles se sont fourvoyées, mais la haute direction de la Caisse, celle qui décide de la répartition de l'actif, a erré. Cette répartition de l'actif équivaut à choisir quelle part de l'actif il faut mettre dans les actions canadiennes, l'immobilier, les obligations, le placement privé, etc.

En 2008, cette mauvaise répartition de l'actif a coûté 2 milliards de dollars à la Caisse. Sur les 6,6 points de pourcentage d'écart avec les indices, les choix de répartition de l'actif expliquent à eux seuls 1,1 point de pourcentage de l'écart.

Selon le PDG de la Caisse, Fernand Perreault, une grande partie de ces activités de répartition de l'actif (1,5 milliard sur 2 milliards) sont en fait des investissements dans des produits dérivés. Selon nos informations, ces stratégies appelées «rendements absolus» étaient orchestrées par l'ex-PDG Richard Guay, le stratégiste en chef, Christian Pestre et le vice-président, placements alternatifs, Guy Lamontagne.

Le papier commercial PCAA explique également une grande part de l'écart avec les indices. La provision additionnelle de 4,0 milliards prise par la Caisse à cet égard en 2008 a réduit de 2,5 points de pourcentage le rendement de la Caisse.

Le troisième élément qui a retranché le plus de valeur est l'immobilier (3,7 milliards ou 2,1 points de pourcentage).

Fernand Perreault a expliqué que le dégonflement du portefeuille immobilier s'explique par les normes comptables canadiennes, selon lesquelles il faut établir la valeur comme si l'on vendait tous les immeubles au 31 décembre. «Avec la crise financière, les valeurs marchandes se sont établies à un niveau anormalement conservateur», dit-il.

Le PDG par intérim reconnaît toutefois que pour l'ensemble du portefeuille, «il faut revoir nos mesures de risques dans des situations extrêmes», comme celles de la crise d'octobre dernier.

La faute au dollar

Par ailleurs, l'autre mesure de comparaison - avec les grands fonds de retraite canadiens - défavorise également la Caisse. En effet, pendant que le rendement de la Caisse s'établit à -25% pour 2008, le rendement médian des autres caisses a été de -18,4%.

Outre le papier commercial, l'écart s'explique par la politique de couverture de change différente de la Caisse. Depuis des années, la Caisse couvre à 100% les risques de fluctuation du dollar canadien par rapport aux autres devises pour ses portefeuilles immobiliers et de placements privés.

Cette année, la chute du dollar canadien a eu pour effet d'augmenter de 3,5 milliards la valeur des immeubles de la Caisse à l'étranger. La Caisse n'a pas bénéficié de cette hausse, puisque d'autre part, sa couverture contre la baisse du dollar lui a coûté 3,5 milliards pour le volet immobilier (couverture à 100%).

Dans les autres caisses canadiennes, la couverture n'est généralement pas de 100%, ce qui explique qu'elles ont eu de meilleurs rendements, soutient la Caisse. En effet, pour un même montant de 3,5 milliards, une caisse qui serait couverte seulement à 50% aurait dû débourser seulement 1,75 milliards pour sa couverture. La différence entre les deux lui aurait procuré un gain de 1,75 milliard, comparativement à aucun gain pour la Caisse.

Mince consolation pour la Caisse, sur les 39,8 milliards de pertes, 22,4 milliards (56,3%) sont des pertes sur papier, qui pourraient être récupérées au cours des prochaines années.