Mercredi noir pour l'ensemble des salariés du Québec. La Régie des rentes, le fonds de retraite de l'ensemble des employés québécois, a fondu de 9 milliards l'an dernier, avec la gestion catastrophique de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Mis à jour le 25 févr. 2009
Denis Lessard
Denis Lessard LA PRESSE

Le fonds du Régime de rentes placé par la régie à la Caisse valait 34,7 milliards en décembre 2007, il valait autour de 25 milliards en décembre dernier.

 

Ces chiffres font partie de la flopée de données que déverseront ce matin les dirigeants de la Caisse de dépôt pour expliquer leur performance bien en deçà de celle de la concurrence.

La Presse a rapporté il y a deux semaines que le rendement global sur les 148 milliards d'actifs nets de la CDP devait être de -26%, soit une perte de 38 milliards selon les chiffres préparés pour le comité de vérification de la Caisse. À la fin de l'exercice, le constat n'a guère changé et reste tout aussi dramatique, a-t-on appris hier soir, à l'issue de la réunion du conseil d'administration de la Caisse qui s'est terminée en début de soirée.

Les résultats que publie la Caisse aujourd'hui seront bien inférieurs à ceux d'institutions comparables: selon la firme RBC Dexia, les régimes de retraite canadiens ont perdu en moyenne 15,9% de leurs actifs en 2008.

Moins performante que ses concurrents

Nouveau camouflet pour la CDP: hier, le Régime de retraite des employés municipaux de l'Ontario (OMERS) a annoncé un rendement total négatif de 15,3% pour 2008, ce qui le place dans le quartile supérieur des grandes caisses canadiennes. La Caisse de dépôt, comme ses compétiteurs, s'est fait coincer par la baisse du marché boursier. Mais en outre, elle a commis des faux pas en pariant sur la valeur de la devise canadienne. Son portefeuille immobilier où l'évaluation est plus arbitraire - une solution utilisée dans le passé pour améliorer un peu le bilan - est aussi bien mal en point. À un seul moment la CDP avait autant moins performé que ses concurrents. À son arrivée en 2002, Henri-Paul Rousseau avait fait radier le maximum d'investissements boiteux, améliorant d'autant sa performance pour le bilan de sa première année à la barre. La Caisse avait fait -9 en 2002, comparativement à -2% pour Teachers', le fonds qui place les retraites des enseignants ontariens.

Mais la pire bévue de l'administration Rousseau reste l'achat des 13 milliards en papiers commerciaux. Ils ont été dévalués de 1,9 milliard déjà, mais il faudra inscrire environ 4 milliards supplémentaires au passif - une dévaluation totale d'environ 45%, approchant enfin ce qui avait été fixé par bon nombre d'institutions financières enfoncées comme la Caisse dans ces sables mouvants.

La performance de la Régie des rentes est l'une des moins bonnes parmi l'ensemble des déposants de la CDP. Une consultation avait été annoncée l'an dernier sur une réorientation du régime des rentes. Elle avait été suspendue pour les élections, mais Québec a décidé de la tenir à l'automne plutôt qu'au printemps 2009. On proposait déjà l'an dernier une hausse du «taux d'équilibre», à 10,50$ - il faudra hausser un peu la barre encore pour assurer les retraites dans l'avenir.

La Commission de la santé et de la sécurité du travail, par exemple, verra son bas de laine de 10,9 milliards rogné de 23%, soit de 2,5 milliards.

La cagnotte des travailleurs de la construction est un peu en meilleure posture: elle perd 20%, soit 2,3 milliards sur les 11,7 milliards en dépôt. Elle comportait davantage d'obligations qui, elles, ont été à l'abri de la tempête qui souffle depuis septembre sur les marchés boursiers. Si le rendement se compare avantageusement aux autres déposants, le régime n'en est pas moins dangereusement sous-financé; les salariés ont déjà dû renoncer, il y a trois ans, à leur régime à prestations prédéterminées. On a essuyé en trois ans un déficit de plus de 1 milliard qui aura doublé dans la seule année 2008. Il faut s'attendre à ce que le secteur de la construction exerce des pressions intenses pour qu'on lui permette d'allonger la période d'étalement des hausses de cotisations pour atteindre l'équilibre - le maximum est de 15 ans actuellement.

Le président sortant du conseil d'administration de l'institution, Pierre Brunet, le président et chef de la direction, Fernand Perreault, et des vice-présidents sectoriels dirigeront la conférence de presse qui se tiendra ce matin au luxueux édifice de la CDP tout près du Palais des congrès.

«Caisse de dépôt: l'heure des comptes», le dossier de Francis Vailles en pages 1, 2 et 3 de La Presse Affaires.