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C2 Montréal: les contradictions d'Agassi

Selon Andre Agassi, les entreprises ont longtemps pu... (Photo archives AFP)

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Selon Andre Agassi, les entreprises ont longtemps pu prendre avantage de ce qu'il pouvait offrir. La seule chose qui lui a permis de rester authentique était le sentiment que son image permettait à son sport d'attirer l'attention de davantage de gens.

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Comment peut-on être le meilleur au monde dans un sport qu'on déteste? L'ex-joueur de tennis professionnel Andre Agassi a vécu cette contradiction. Avec La Presse, celui qui sera l'un des conférenciers de C2 Montréal, en mai prochain, discute de sport, de marketing, de philosophie de vie et d'éducation.

«Je déteste le tennis.» Andre Agassi avait lancé cette bombe dans son autobiographie Open, mais l'ancien numéro un mondial n'a pas fini de nous étonner avec ses révélations.

À La Presse, le conférencier attendu en mai prochain à C2 Montréal avoue qu'il travaille plus fort à la retraite qu'à ses belles années sur un court, constate les limites du marketing sportif et conseille aux parents de ne pas prendre le sport trop au sérieux. Entretien avec un homme qui a fini par accepter ses contradictions.

Quel sera le sujet de votre conférence à C2 Montréal, en mai prochain?

Je vais la préparer davantage dans les prochains mois, mais le monde des affaires aime les histoires inspirantes. Les entreprises veulent entendre parler d'histoires de retour et d'adversité, savoir comment tirer davantage de leurs leaders.

Dans votre autobiographie, vous avez révélé que vous détestiez jouer au tennis. Comment fait-on pour avoir autant de succès dans un domaine qu'on déteste?

J'ai dû vivre avec ce conflit interne. Pendant longtemps, ce fut une question de survie. Il y a aussi eu la peur, qui est une grande source de motivation, comme nous le savons tous. Ne pas choisir sa vie [son père l'a élevé dès son jeune âge pour qu'il devienne un joueur de tennis] ne veut pas dire que vous ne pouvez pas vous l'approprier. J'avais davantage d'équilibre dans ma vie à la fin de ma carrière. [...] C'était de la haine mal dirigée, de la haine envers moi-même plutôt qu'envers le tennis.

Vous avez des conseils pour les gens qui n'aiment pas leur travail?

Dans la vraie vie, les gens doivent mettre de la nourriture sur la table. Ma grande libération a été de m'enlever de mon propre chemin. Il faut essayer de se concentrer sur les raisons qui nous poussent à faire des choses. Ça dépend aussi de votre définition du succès. Si le succès est d'arriver à un point précis, ça vous mènera souvent à une expérience plus pénible sur le plan personnel que si vous mesurez votre succès par la façon dont vous choisissez d'interagir et de rendre les autres meilleurs.

C2 Montréal est un sommet voué à la créativité en affaires. Comme joueur de tennis, votre style de jeu était très divertissant, mais vous considérez-vous comme une personne créative? Un joueur de tennis peut-il être créatif?

J'ai toujours été un peu quelqu'un qui pensait de façon innovante [out of the box thinker]. Je n'ai jamais regardé pour des solutions traditionnelles, donc on peut supposer que je me qualifie comme une personne créative à certains égards. Et le tennis, c'est de la résolution de problèmes à son meilleur, ça vous prend de la créativité.

Vous avez été l'un des athlètes les plus populaires de votre époque. Quel est le secret en marketing sportif?

Être authentique. Comment pouvez-vous battre l'authenticité? C'est facile de se faire une image à court terme, mais les gens sont intelligents.

L'image marketing que projette un athlète est-elle une illusion?

J'ai fait des erreurs à ce chapitre au cours de ma carrière. On a donné une image inexacte de moi et j'ai aussi donné une image inexacte de moi au début de ma carrière. [...] Les entreprises ont longtemps pu prendre avantage de ce que je pouvais offrir. La seule chose qui m'a permis de rester authentique là-dedans était le sentiment que ça permettait à mon sport d'attirer l'attention de davantage de gens. Je n'avais pas un entourage ou une équipe de leadership assez sophistiquée. [...] Quand j'ai raffermi mes principes, ça a permis aux gens de comprendre ma transformation.

Que changeriez-vous dans le sport professionnel?

Je ne regarde pas beaucoup de sport, mais je changerais la mentalité de certains parents. Le sport est un excellent véhicule pour apprendre des leçons et réaliser ses rêves, mais pas au détriment de l'éducation et d'autres choses plus importantes que le sport. Certains parents pensent vraiment que c'est réaliste de penser à une carrière dans le sport pour leur enfant. [...] Les enfants sont poussés à traiter le sport comme une «business». C'est simplement irréaliste. Combien de gens deviennent des sportifs professionnels? Du nombre, combien subissent une blessure qui mettra fin à leur carrière? Si vous évitez les blessures, combien font faillite après leur carrière? On passe le premier tiers de sa vie mal préparé pour les deux autres tiers.

Que signifie la retraite pour vous?

Je peux faire ce que je veux. Ça ne veut pas dire que je ne travaille pas. Je travaille plus fort que quand je jouais, mais j'ai le grand luxe de pouvoir faire ce que je veux. La retraite, pour moi, ce n'est pas pour s'asseoir sur une plage, c'est pour être productif et faire une différence.

Votre fondation dirige notamment une école à charte pour les enfants défavorisés dans la région de Las Vegas. Que pensez-vous du système d'éducation aux États-Unis?

Le système est brisé, en déclin. L'éducation est pourtant l'avenir d'une société. Il faut trouver une façon de donner une voix aux enfants, avoir un syndicat pour les enfants. Les enseignants sont surchargés et n'ont pas les bonnes mesures incitatives, l'éclatement de la famille est un problème, et l'approche État par État crée ses propres problèmes. Je peux faire une différence avec une école à charte [charter school], mais d'avoir des écoles à charte partout n'est pas la solution. La concurrence est une bonne chose dans toutes les industries, mais 85% des écoles à charte aux États-Unis ne font pas mieux que les écoles ordinaires. Le plus important, c'est la transparence. Nous avons besoin de plus d'argent en éducation, mais nous ne pouvons plus nous permettre d'être aussi inefficaces.

Note: Les propos ont parfois été condensés et l'ordre des questions a été modifié.

Andre Agassi en bref

Andre Agassi a été l'un des plus grands joueurs de l'histoire du tennis. Il a été médaillé d'or olympique, a gagné huit titres du Grand Chelem en simple (ex aequo au huitième rang dans l'histoire du sport) et a été le premier joueur de l'histoire du tennis masculin à gagner les quatre tournois du Grand Chelem sur trois surfaces différentes (Roger Federer et Rafael Nadal ont par la suite réussi le même exploit). En 2006, à 36 ans, il a pris sa retraite du tennis professionnel. Il a ensuite écrit son autobiographie, Open, dans laquelle il révèle notamment qu'il déteste le tennis. Il dispute encore des matchs de démonstration et consacre la plupart de son temps à sa fondation et à sa famille. Sa femme Steffi Graf (elle a gagné 22 titres du Grand Chelem en simple, un record du tennis féminin) et lui ont deux enfants.




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