La Chine a vu ses exportations bondir plus fort qu'attendu en juillet tandis que son excédent commercial avec les États-Unis ne diminuait que légèrement, signe que les droits de douane punitifs imposés par Washington n'ont encore qu'un impact limité... même si l'administration Trump promet sous peu un nouveau durcissement.

Mis à jour le 8 août 2018
Julien GIRAULT AGENCE FRANCE-PRESSE

Le géant asiatique a enregistré le mois dernier un excédent de 28,09 milliards de dollars dans ses échanges avec les États-Unis, à peine moins que le niveau record de 28,9 milliards de dollars (chiffre révisé) établi en juin, ont indiqué mercredi les douanes chinoises.

Cet excédent colossal, qui a gonflé de 11 % par rapport à juillet 2017, «ne contribuera guère à désamorcer l'escalade des tensions entre les deux puissances», engagées dans une guerre commerciale tous azimuts, réagit Betty Wang, de la banque ANZ.

Ce sont les premiers chiffres sur les échanges sino-américains depuis l'imposition début juillet par Washington de droits de douane punitifs de 25 % visant 34 milliards de dollars de biens chinois importés.

Pour le président Donald Trump, qui accuse la Chine de concurrence déloyale et de piller les technologies de son pays, il s'agit d'enrayer le déséquilibre des échanges bilatéraux. Pékin a aussitôt répliqué en taxant le même montant de biens américains.

Certes, les exportations chinoises vers les États-Unis, en hausse d'environ 11 %, «ont légèrement ralenti, ce qui suggère un certain impact de ces tarifs américains», reconnaît Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics.

Pour autant, «il y a peu d'effet, jusqu'à présent, sur la croissance générale» du commerce extérieur du pays, tempère-t-il.

Avec l'ensemble du globe, les exportations totales de la Chine ont ainsi gonflé en juillet de 12,2 % sur un an, soit plus fort qu'en juin (+11,2 %) et davantage qu'attendu par le marché.

Sauvé par le yuan ?

Si les exportations vers l'Union européenne et les États-Unis, les deux principaux partenaires de Pékin, tendent à s'émousser, elles ont accéléré à destination des marchés en développement... profitant de la drastique dépréciation de la monnaie chinoise.

Ironie du sort: destinées à pénaliser Pékin, les sanctions américaines ont intensifié la pression à la baisse sur le yuan, tombé au plus bas depuis plus d'un an face au dollar - ce qui avantage les exportateurs chinois.

De même, les importations totales du colosse asiatique ont bondi de 27,3 % sur un an en juillet, très au-delà de la hausse de 16,5 % anticipée par les analystes sondés par Bloomberg, et en forte accélération sur un mois (elles n'avaient crû que de 14,1 % en juin).

En conséquence, l'excédent commercial chinois total a fondu en juillet à 28 milliards de dollars, contre 41,5 milliards le mois précédent.

Outre une base de comparaison faible et le renchérissement des prix de l'énergie, cette forte progression reflète «une solide demande intérieure, dopée par les politiques de relance» de Pékin pour enrayer l'essoufflement de l'activité, à coup de dépenses accrues dans les infrastructures, souligne Betty Wang.

Sans compter que les importations en provenance de l'Asie du Sud-est, de l'Union européenne et de l'Australie se sont respectivement envolées de 30 %, de 20 % et de 34 %, «suggérant que la Chine cherche d'autres approvisionnements» en dehors des États-Unis, ajoute l'analyste.

Assombrissement en vue

De l'avis général, le tableau devrait rapidement s'assombrir: «On n'a pas encore vu le plein impact des droits de douane américains, on en aura une meilleure idée en août», prévient Iris Pang, économiste de ING citée par Bloomberg.

D'autant que l'escalade continue: Washington a confirmé mardi qu'il allait appliquer à partir du 23 août des droits de douane de 25 % sur 16 milliards de dollars de biens chinois importés supplémentaires, tandis que Pékin promet des représailles.

La stratégie du «dent pour dent» sur les droits de douane pourrait trouver ses limites; la Chine importe presque quatre fois moins qu'elle n'exporte vers les États-Unis.

Mais la guerre commerciale transpacifique n'en sera pas moins coûteuse: elle pourrait amputer le PIB planétaire de 0,7 % d'ici 2020, selon des estimations récentes du cabinet Oxford Economics.

Pékin peut-il miser sur la chute du yuan pour aider ses exportateurs et limiter les dégâts ? Une stratégie risquée: le régime communiste «reste hanté par les possibles fuites de capitaux», source de déstabilisation pour son système financier, fait valoir Betty Wang.