La devise chinoise dégringole face au dollar à mesure que le ton monte dans le conflit commercial entre Washington et Pékin.

Publié le 28 juin 2018
Kevin Trublet et Julien Girault AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis le début du mois, le yuan a dévissé d'environ 3,40%, sa plus forte baisse mensuelle depuis 1994. Jeudi, il est tombé à 6,4345 yuans pour un dollar, son plus bas niveau depuis novembre.

Cette dépréciation monétaire pourrait avoir de lourdes implications pour les deux économies, et notamment accroître les tensions.

D'où vient la baisse?

Les investisseurs sont «inquiets de l'impact négatif» que les taxes annoncées par Donald Trump pourraient avoir sur l'économie chinoise, a expliqué à l'AFP Luman Otunuga, analyste pour FXTM, qui évoque également un renchérissement global du dollar face aux autres devises.

Le président américain a récemment haussé le ton et menacé d'ajouter des taxes sur l'équivalent de 400 milliards de dollars de produits importés de Chine, après celles sur 50 milliards de dollars de biens qui doivent entrer progressivement en vigueur à partir du 6 juillet.

Si certains observateurs évoquent la possibilité que la banque centrale chinoise (PBOC) soit également derrière la récente glissade du renminbi (le nom officiel de la devise chinoise), dans le but de compenser l'effet des futures taxes, de nombreux analystes écartent cette hypothèse.

«Si la PBOC utilise effectivement le taux de change pour combattre les États-Unis, elle retient singulièrement ses coups: le taux-pivot de référence (déterminé chaque jour par la banque centrale et autour duquel le yuan ne peut fluctuer que dans une fourchette de 2%, NDLR) a été ces derniers jours relevé, et non pas abaissé», observe Julian Evans-Pritchard, analyste du cabinet Capital Economics.

Néanmoins, selon Brad Setser, économiste associé au Council on foreign relations (CFR), si la Chine n'a pas directement provoqué l'affaiblissement de sa devise, elle a «au minimum» cessé de «permettre» son renforcement, comme elle l'avait fait au début de l'année.

Quelles conséquences pour la Chine?

Si la baisse du yuan a pour effet d'atténuer les nouveaux droits de douane mis en place par Donald Trump, en rendant le coût des produits chinois moins élevé pour les acheteurs utilisant d'autres devises, vouloir déprécier sa devise est une stratégie risquée selon M. Setster.

«Si vous signalez que vous voulez une monnaie plus faible, le marché a tendance à réagir immédiatement et les capitaux peuvent déserter», a-t-il expliqué.

De fait, un repli prolongé du yuan pourrait, comme après la subite dévaluation décidée par Pékin à l'été 2015, provoquer d'importants flux de capitaux hors du pays, les investisseurs et fortunes chinoises se montrant alors désireux de chercher des placements plus rémunérateurs.

«Si une devise affaiblie peut aider à compenser certains des dommages économiques, les risques encourus par la stabilité financière dans son ensemble n'en valent pas la peine», commente Julian Evans-Pritchard. «Tout avantage que les exportateurs pourraient tirer d'une dépréciation serait au prix d'une instabilité économique et financière.»

Dans ce contexte, «la préférence de la PBOC pourrait être d'autoriser une dépréciation modérée, et de freiner des quatre fers si les pressions à la dépréciation s'intensifiaient. mais c'est un équilibre difficile à trouver...», poursuit-il.

Comment réagissent les États-Unis?

Pour l'instant, Washington ne s'est pas encore exprimé à ce sujet mais «il y a un risque grandissant que le mouvement du yuan observé ce mois déclenche des accusations de la part des États-Unis», alors même que la POBC est restée attentiste, a estimé Simon Derrick, analyste pour BNY Mellon.

Il rappelle ainsi que Donald Trump a à plusieurs reprises mis en cause la Chine pour sous-évaluer artificiellement sa monnaie, comme avait également pu le faire Barack Obama.

En 2011, l'ancien président américain avait accusé la Chine de «fausser» les échanges commerciaux mondiaux en intervenant pour faire baisser la valeur du yuan.

«Une dégradation continue [du yuan] pourrait attiser les craintes d'une guerre des monnaies», a ainsi souligné Lukman Otunuga.