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Citoyenneté à vendre

Une immigrante chinoise brandit un drapeau des États-Unis... (PHOTO ROBERT GALBRAITH, REUTERS)

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Une immigrante chinoise brandit un drapeau des États-Unis après avoir obtenu sa citoyenneté américaine. En 2013, les Chinois ont obtenu 80% des visas américains contre seulement 13% il y a 10 ans.

PHOTO ROBERT GALBRAITH, REUTERS

Richard Dupaul

Pendant que certains s'acharnent à vouloir taxer davantage les riches, plusieurs pays d'Europe rivalisent d'imagination pour les attirer. En brandissant des «visas dorés», le Portugal, la Lettonie et d'autres États en mal de croissance se disputent les grandes fortunes de la planète.

En Chine, selon de récents sondages, de plus en plus de nantis veulent hisser les voiles pour aller vivre dans un autre pays... surtout si l'air y est plus respirable qu'à Pékin.

D'autres enquêtes indiquent que plusieurs grandes fortunes russes caressent le même rêve.

Or, ces coups de sonde ne sont pas tombés dans l'oreille d'un sourd en Europe où plusieurs pays tentent par tous les moyens de relancer leur économie.

Alors que le Canada vient de resserrer les règles pour les immigrants-investisseurs, l'Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni, Chypre, la Lettonie et d'autres pays européens font le contraire et agitent toutes sortes d'appâts pour attirer les riches.

Et la pêche est bonne.

La clé de l'Europe

En brandissant des «visas dorés», des pays européens cherchent à monnayer leurs titres de séjour auprès des investisseurs pour seulement 100 000$ CAN.

La Lettonie offre ainsi un visa de cinq ans, avec la possibilité d'être naturalisé, aux étrangers qui investissent au moins 72 000 euros en province (150 000 euros dans la capitale Riga).

Et comme la Lettonie fait partie de l'espace Schengen - qui permet la libre circulation des citoyens des 26 pays membres - , les portes de l'Europe s'ouvrent à ceux qui acceptent l'invitation des Lettons.

Et la recette plaît beaucoup: depuis 2010, près de 7000 personnes - venues surtout de Russie (71%) - ont décroché un permis de résidence grâce à des investissements totalisant plus de 600 millions d'euros en Lettonie, rapportent des firmes financières européennes.

En fait, les étrangers ont l'embarras du choix sur le Vieux Continent.

Le Portugal offre un «permis de résidence pour activité d'investissement» que le gouvernement surnomme sans gêne le «visa Gold». Condition principale du programme: acheter un bien immobilier d'une valeur d'au moins 500 000 euros et le conserver pendant au moins cinq ans.

Depuis son lancement, en octobre 2012, les «visas Gold» ont suscité plus de 225 millions d'euros d'investissements. Et sur quelque 330 titres de séjour accordés, les deux tiers l'ont été à des Chinois, selon les chiffres officiels.

Les Espagnols, pour leur part, ont mis sur pied un programme plutôt original. Madrid, qui doit financer une énorme dette publique, offre un permis de séjour aux étrangers qui achètent pour 2 millions d'euros d'obligations de l'État. Sinon, l'achat d'une villa de 500 000 euros ou plus fera aussi l'affaire...

Dans la catégorie «haut de gamme», sachez que les Pays-Bas ont aussi déroulé le tapis rouge aux fortunés. À compter du 1er octobre, les étrangers voulant s'installer dans ce pays obtiendront un permis de séjour en apportant dans leurs bagages au moins 1,25 million d'euros à investir dans l'économie locale.

Plus exotique? On peut regarder du côté de Malte, dont le gouvernement a lancé en novembre son individual investor program. Un passeport attend les non-résidents capables d'injecter 650 000 euros dans le fonds de développement national.

Il y aussi Chypre, où il est possible depuis 2012 d'échanger un investissement de 300 000 euros dans un bien immobilier contre un permis de séjour permanent. Pour avoir la nationalité, il faut prévoir 500 000 euros.

Tenté par l'Europe centrale? Pourquoi pas la Hongrie, qui exige un investissement de 300 000 euros au minimum dans des obligations gouvernementales en échange d'un droit de séjour prolongé.

De l'argent sale?

Cependant, cette vaste opération de charme auprès des gens aisés ne plaît pas à tout le monde en Europe. Même si l'économie est mal en point, les visas dorés - les vistos dourados - indignent beaucoup de Portugais et des organismes sociaux.

Surtout depuis que des médias locaux ont dévoilé récemment qu'un riche citoyen chinois, recherché par la police internationale (Interpol), avait obtenu un passeport portugais. On lave de «l'argent sale», a clamé un quotidien de Lisbonne dont l'article a eu des échos ailleurs en Europe.

Reste que cette «grande séduction» se poursuit dans plusieurs pays, même aux États-Unis.

Le programme américain d'immigrants-investisseurs connaît un succès tel que le quota de visas étrangers serait atteint dès cet été. Alors qu'on prévoyait offrir 10 000 visas cette année par ce moyen, 7000 demandes ont été formulées en moins de trois mois, a révélé CNN Money la semaine dernière.

Depuis une dizaine d'années, un étranger capable d'investir 500 000$US aux États-Unis et d'y créer une dizaine d'emplois se voit offrir une «carte verte», la convoitée «green card».

Qui veut ces précieuses cartes? Les Chinois surtout, qui ont obtenu 80% des visas en 2013 contre seulement 13% il y a 10 ans.




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