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Thérapie de couple pour Hollande et le patronat

François Hollande... (PHOTO POOL, REUTERS)

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François Hollande

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François Hollande a été accueilli en grande pompe à Pékin la semaine dernière. Pendant deux jours, les dirigeants chinois ont déroulé le tapis rouge au chef d'État français, qui espère vendre davantage de produits de luxe et d'avions Airbus dans l'empire du Milieu.

De retour à Paris, lundi, c'était au tour du président français de déployer des artifices pour impressionner quelque 300 invités à l'Élysée. Des invités maussades, déprimés ou carrément en furie: les patrons français.

Il n'y a pas à dire, la relation entre les chefs d'entreprise et François Hollande est houleuse depuis l'élection de son gouvernement socialiste, le 6 mai 2012. Orageuse, même. «Aujourd'hui, on n'a plus du tout confiance; c'est la défiance», résume Marc Touati, économiste et président du cabinet-conseil ABCDEFI, en entrevue à Paris.

Le patronat est scandalisé par les hausses d'impôts qui planent à l'horizon et par le piètre climat d'investissement général. Les licenciements massifs se multiplient, et certains menacent de plier bagage pour des cieux fiscaux plus cléments.

Pour calmer cette grogne grandissante, le gouvernement Hollande a organisé des assises de l'entrepreneuriat. Une «patente» toute française, qui a réuni pendant quatre mois neuf groupes de travail et formulé 44 recommandations.

L'air conciliant, voire contrit, François Hollande a livré les conclusions de cet exercice aux patrons venus l'entendre lundi à l'Élysée. «Je veux revenir sur le malentendu qui a pu, je ne sais pourquoi, se glisser entre nous à l'automne», a-t-il déclaré debout derrière son lutrin.

Et que renferment ces conclusions? Beaucoup de choses, ou très peu, selon la personne à qui on pose la question.

L'Élysée a notamment simplifié le régime fiscal sur les plus-values de cession de titres, un irritant majeur auprès des chefs d'entreprise. Plutôt que la quarantaine de régimes fiscaux actuels, il n'en restera que deux (avec des taux respectifs de 23,75% et 32,7%). Ce changement placera la France à peu près à égalité avec le reste de l'Europe, où ce taux atteint 26%.

Le gouvernement a aussi annoncé une dizaine de mesures pour tenter de stimuler la création d'entreprises. Par exemple, un «visa» sera créé pour les créateurs de start-up étrangers qui voudraient lancer leur entreprise en France. La manoeuvre vise à stimuler une sorte de Silicon Valley française. L'investissement dans le capital de risque sera aussi facilité.

Les plus grands journaux français ont parlé d'une tentative de «réconciliation» assez réussie entre Hollande et le patronat. «Ils veulent tout mettre en oeuvre pour faire oublier les mesures fiscales hasardeuses et les phrases malheureuses», a ainsi indiqué Charles Beigbeder, porte-parole du groupe patronal MEDEF, dans le quotidien financier Les Échos.

L'économiste Marc Touati est beaucoup plus sévère. Il estime que ces assises du gouvernement Hollande relèvent d'abord et avant tout de l'exercice de relations publiques. «En France, on est des champions du marketing. C'est tout. Une fois que les chefs d'entreprise sont allés à l'Élysée, derrière ça, il n'y a pas de concret.»

Situation désastreuse

La situation économique de la France est désastreuse, rappelle M. Touati, il faudra des mesures draconiennes pour la redresser. Au risque de voir la France devenir le prochain pays européen «sur le gril», après l'Espagne, la Grèce et le Portugal.

«Hollande a été élu pour un programme, il le fait, ça ne marche pas et il doit faire un virage à 180 degrés, lance-t-il. Il doit baisser les impôts, réduire les dépenses publiques, s'entendre avec l'Allemagne.»

Avec ses déficits budgétaires élevés, sa relation de plus en plus tendue avec l'Allemagne et des chefs d'entreprise à fleur de peau, le gouvernement Hollande aura beaucoup à faire pour redresser l'économie. Les prochains mois diront si la thérapie de couple entamée avec le patronat fonctionnera, ou si le divorce sera finalisé.




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