Dans un passé pas si lointain, investir à la Bourse chinoise équivalait à acheter un billet de loterie... avec un gain assuré. Peu importe le titre acheté, il montait, montait et montait encore. Mais les choses ont changé, et de manière draconienne.

Stéphane Paquet LA PRESSE

Depuis janvier, la Bourse de Shanghai a reculé de 26%. Pire, si on calcule à partir du sommet de l'automne 2007, la débarque est de 60%.

Hier, l'indice de Shanghai a connu sa pire journée en deux semaines, à la suite de la publication de données chinoises montrant un ralentissement de la croissance économique. Celle-ci est arrivée à 10,3% au deuxième trimestre, contre 11,9% au premier.

Il y a deux façons de voir cette donnée. D'abord, celle des pessimistes. «Le risque d'un ralentissement plus prononcé est inévitable à moins que le gouvernement ne renverse ses mesures restrictives», souligne Zheng Tuo, président de Shanghai Good Hope Equity Investment Management, cité par Bloomberg.

Puis, il y a la façon des optimistes, représentés par Jean-Sébastien Garant, vice-président chez Sigma Alpha Capital. «On est rassuré par la façon de faire des Chinois», dit-il, soulignant que ceux-ci «ont appris beaucoup» de la crise immobilière américaine.

Oui, poursuit-il en entretien à La Presse Affaires, les données d'hier marquent un ralentissement certain, mais celui-ci semble se faire de façon ordonnée. Elle est là, la bonne nouvelle.

Sigma Alpha n'a pas de fonds investis en Chine continentale. Pour pouvoir faire, les entreprises étrangères doivent passer à travers un long processus de sélection. Par contre, souligne M. Garant, son groupe a investi le maximum permis par ses critères - soit une trentaine de millions - dans les marchés environnants, comme Hong-Kong, Taiwan, la Corée. C'est sa façon de miser sur la croissance chinoise, sans y être.

D'ailleurs, fait remarquer l'économiste en chef de la Financière Banque Nationale, les Bourses asiatiques entourant la Chine, celles où sont inscrites les entreprises qui bénéficient de la croissance chinoise, font très bien depuis le début de l'année. Il explique donc la déprime de la Bourse de Shanghai par le grand nombre d'entreprises immobilières qui y sont inscrites. «Les autorités chinoises, en freinant l'immobilier, ont tiré une partie de la Bourse vers le bas», dit-il.

Le ralentissement du secteur immobilier a été un des objectifs de Pékin, qui a craint (et craint toujours?) une bulle de l'ampleur de celle qui a fait dérailler l'économie américaine.

Il ne croit donc pas que la mauvaise tenue de la Bourse chinoise soit annonciatrice d'un ralentissement de l'économie mondiale. «Il me semble qu'on aurait déjà eu un effet d'entraînement sur les Bourses des pays limitrophes.»

Autre facteur qui peut expliquer le recul de Shanghai, selon lui: la peur de la dilution par l'arrivée de nouveaux titres importants. Hier, la Agricultural Bank of China (ABC) a fait son entrée à la Bourse de Shanghai.

Le titre d'ABC a gagné 0,8%, alors que les autres grandes banques avaient connu une première journée beaucoup plus faste, gagnant toutes plus de 5,1%.

Mais ça, c'était quand la Bourse était encore une loterie où tout le monde gagnait.