Une importante délégation chinoise qui devait participer au 21e Salon international du design d'intérieur de Montréal s'est vu refuser l'entrée au Canada, même si elle a pu assister à une foire concurrente à New York quelques jours plus tôt.

Maxime Bergeron
Maxime Bergeron LA PRESSE

En tout, une vingtaine de Chinois - dont plusieurs dirigeants d'entreprise - ont été incapables d'obtenir leur visa, a appris La Presse Affaires. Plusieurs «venaient dans l'intention de faire des affaires» à New York et ensuite à Montréal, mais ils ont dû rayer la métropole québécoise de leur itinéraire, déplore Ginette Gadoury, présidente du salon lancé hier.

«Les entreprises qui ont exposé à New York ont bénéficié des possibilités d'affaires avec ces sociétés chinoises là, et nos exposants ont manqué ça», tonne-t-elle.

Cela fait quatre ans que les organisateurs du salon de Montréal tissent des liens avec la Chine. L'an dernier, une première délégation d'une vingtaine de Chinois devait participer à la foire commerciale, mais la majorité s'est vu interdire l'accès au Canada à la dernière minute, dit Mme Gadoury.

Bien déterminées à venir à Montréal cette année, les firmes de design chinoises ont entamé leurs démarches plus tôt auprès des autorités canadiennes. Elles ont fait en parallèle une demande de visa américain, afin de participer dans le même voyage à l'International Contemporary Furniture Fair, qui se tenait cette semaine à New York. La majorité a obtenu le feu vert des États-Unis, soutient Ginette Gadoury.

«Les entreprises chinoises s'imaginaient que si elles réussissaient à avoir le visa américain, ça les aiderait à avoir le visa canadien, poursuit-elle. Mais non! Elles ont été refusées, et ont dû chambarder tout leur voyage et leur mission.»

Au ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration, la porte-parole Marie-Claude Sauvageau a refusé de divulguer les raisons du refus, soulignant que les dossiers sont traités «au cas par cas» et confidentiels. Elle a toutefois rappelé quelques principes de base.

«Il y a des critères d'admissibilité qui sont très précis, par exemple de savoir si les liens avec leur pays d'origine sont suffisants pour prouver qu'ils vont quitter le Canada à la fin de leur séjour, explique Mme Sauvageau. Par le passé, c'est arrivé que plusieurs visiteurs commerciaux refusent de quitter le Canada à la fin de leur séjour.»

«Insultés et humiliés»

Quoi qu'il en soit, Ginette Gadoury a perdu tout espoir d'accueillir une délégation chinoise l'an prochain à Montréal après deux refus consécutifs. Les entrepreneurs refoulés sont vraiment «insultés et humiliés», dit-elle. «La lettre finale qu'ils nous ont envoyée est désastreuse, pitoyable, ils nous disent ne pas comprendre pourquoi ils ont été traités comme ça.»

Le ton des missives échangées entre la délégation chinoise et les organisateurs du salon est en effet rempli d'interrogation et de déception, comme en témoignent des courriels obtenus par La Presse Affaires.

Dans un message, Sarah Deng, du Interior Design China Magazine (instigateur de la mission commerciale), souligne que plusieurs designers de la délégation sont «de très haut calibre» et que certaines des entreprises participantes ont des chiffres d'affaires de plus de 10 millions de dollars canadiens. «Ils seront non seulement déçus à cause du voyage, mais aussi pour les marques et les produits canadiens», écrit-elle.

Mme Deng affirme que la délégation a envoyé ses demandes de visa en deux parties. Le premier groupe de 6 personnes a été accepté et le deuxième, de 22, refusé, écrit-elle.

Selon Ginette Gadoury, l'absence de la délégation chinoise à Montréal prive les exposants québécois de ventes potentielles de produits et services, et surtout, de précieux contacts d'affaires. «Il y aurait pu y avoir de la collaboration entre firmes de design, parce qu'on sait qu'il y a beaucoup de construction en ce moment en Chine, et il y a un intérêt et même un engouement pour les choses nord-américaines.»

Les membres de la délégation sont principalement des présidents et des directeurs du design d'entreprises de Chenzen, du Guanzhou, de Pékin et de Shanghai. En fin de compte, un seul Chinois est parvenu à assister au salon de Montréal, lequel n'en revenait toujours pas hier de voir ses compatriotes exclus du Canada.

Le Salon international du design d'intérieur de Montréal réunit cette année 300 entreprises et créateurs du Québec, des Amériques, d'Europe et d'Afrique. Il sera ouvert au grand public pour sa troisième et dernière journée, demain, à la Place Bonaventure.