Bastion de la bourgeoisie canadienne-française, le Club Saint-Denis a mis en vente son immeuble de la rue Sherbrooke, qui a vu défiler les notables francophones depuis plus d'un siècle, mais qui tombe aujourd'hui en désuétude.

Stéphane Paquet
Stéphane Paquet LA PRESSE

Selon le compte rendu de la dernière assemblée générale remis aux membres du club privé et obtenu par La Presse Affaires, la «désuétude des infrastructures du Club» et «le faible taux de renouvellement des membres» poussent l'organisation à lorgner de nouveaux locaux plus près du centre-ville.

Nouvel emplacement

En plus de l'immeuble Art déco de plus de 30 000 pieds carrés situé au coin de la rue Laval, le Club met aussi en vente ses 65 places de stationnement intérieur, qu'il a obtenues en échange d'un bout de terrain, lors de la construction du complexe du 333, Sherbrooke Est. La fusion avec un autre club est aussi envisagée.

«Les besoins de nos membres ont changé», explique le directeur général du Club, Marc Ouimet, peu content que les détails de la vie de son club privé deviennent publics. «On aura quelque chose à dire quand on sera fixés sur notre nouvel emplacement.»

La décision de déménager au centre-ville a été prise l'automne dernier, mais rien n'avait jusqu'alors filtré. À peine 27 membres s'étaient déplacés pour l'assemblée annuelle, tandis que 24 autres ont pris la peine de voter par procuration, nous apprend le compte rendu de l'assemblée. Le Club dit compter quelque 600 membres, un nombre relativement stable, selon M. Ouimet.

Un coup d'oeil au rez-de-chaussée de l'immeuble de quatre étages nous permet de constater que les besoins des membres ont bien changé avec le temps: on y trouve encore les quatre vieilles allées de quilles, quasiment inutilisées aujourd'hui.

En déménageant, soutient le directeur général, le Club veut garder un espace similaire, mais le réaménager au goût du jour. En clair, prendre l'espace des salles de quilles pour en faire des salons où les gens d'affaires peuvent discuter discrètement dans un décor paisible.

Une page d'histoire

Moins cossu que le Mount Stephen Club, autre club privé montréalais, le Saint-Denis a tout de même son lot de boiseries. Plusieurs tableaux, dont nombre ont été offerts par des membres, ornent les murs, dont le magnifique La bénédiction des érables, de Suzor-Coté.

Fondé en 1874, le Club occupe son espace actuel depuis 1901. Dans un journal envoyé aux membres et daté de janvier, la direction vante «la qualité du membership, composé de l'élite canadienne française».

À l'autre bout de la rue Sherbrooke, au Club Mount Royal, le directeur général, Juan Llano, reconnaît que les affaires pourraient tourner plus rondement. Mais pas juste pour les clubs privés, précise-t-il. «Toute l'industrie de l'hospitalité va un peu moins bien» ces derniers temps, en raison de la récession.

Mais seul le Saint-Denis est dans une situation qui le force à déménager: «On a le meilleur endroit au centre-ville», lance M. Llano.

Au Club St-James, qui a traversé une période difficile quand sa clientèle anglophone s'est faite plus rare à partir des années 80, la directrice, Andrée Vincent, est fière de souligner que l'organisation, dont les membres sont aujourd'hui à 80% francophones, fait ses frais depuis trois ans. «Et on aura un léger surplus cette année», indique-t-elle.