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Réindustrialisation de l'Amérique: le Québec saura-t-il en profiter?

Le fabricant de blocs de construction Mega Brands... (Photo David Boily, La Presse)

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Le fabricant de blocs de construction Mega Brands est un exemple bien québécois de reshoring. Sur la photo, son usine de Saint-Laurent.

Photo David Boily, La Presse

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Le Made in USA revient en force. Le Québec, avec ses coûts élevés de main-d'oeuvre et sa productivité plus faible que celle de son voisin, pourra-t-il en profiter malgré tout? Selon deux observateurs attentifs du secteur manufacturier, la réponse dépend en grande partie de ce qu'on trouvera dans la future politique industrielle du gouvernement de Pauline Marois, attendue cet automne.

Depuis 2010, il s'est créé un demi-million d'emplois manufacturiers aux États-Unis, concentrés géographiquement au Kentucky, dans le Tennessee, au Texas et en Californie. «C'est la première fois en 10 ans que les États-Unis connaissent une création nette d'emplois manufacturiers», a souligné Louis J. Duhamel, leader de la pratique Stratégie corporative au Québec chez Deloitte, dans le cadre de sa tournée Le point sur le Québec manufacturier: agir ensemble pour un avenir prospère. Nous l'avons entendu à Laval au début du mois.

Une centaine d'entreprises américaines ont ainsi transféré une partie de leur production de la Chine vers l'Amérique, comme GE, Ford, Airbus, Caterpillar, Google et, prochainement, Apple.

Un exemple québécois de ce phénomène de reshoring est Mega Brands. La part du contenu canadien du fabricant de blocs de construction est passée de 20 à 55% en 4 ans. Le nombre d'employés en période de pointe est passé de 600 à 1100 à son usine de l'arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal.

Les entreprises qui ont pris cette décision de revenir en Amérique réfléchissent en fonction du coût total d'acquisition, a expliqué M. Duhamel, et pas seulement en considérant le coût salarial.

L'Amérique devient plus concurrentielle grâce à son gaz de schiste bon marché et à ses gains de productivité. Pour sa part, la Chine perd progressivement son avantage en raison de la hausse des coûts d'énergie et de l'inflation des salaires, de l'ordre de 15 à 20% par an.

En 2005, le salaire d'un ouvrier américain était 23 fois plus élevé que celui d'un Chinois. En 2015, il ne sera plus que six fois supérieur.

Au cours de la prochaine décennie, la réindustrialisation sera responsable de la création de deux à trois millions d'emplois directs et indirects aux États-Unis, selon des analyses que M. Duhamel a qualifiées de prudentes.

Créer les conditions gagnantes

«Les conditions d'une réindustrialisation du Québec sont en train de se mettre en place», juge Simon Prévost, président des Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), qui a assisté à la présentation de M. Duhamel. Il souligne au passage qu'il y a création nette d'emplois dans le secteur manufacturier au Québec pour la première fois depuis la récession.

Citant Harry Moser, l'un des proches conseillers de Barack Obama, M. Duhamel a dit, durant sa présentation, que le Canada pourrait s'approprier 10% de la valeur totale de la production de biens rapatriée d'Asie, soit 50 milliards en 10 ans.

«Habituellement, quand le secteur américain va bien, c'est bon pour l'économie québécoise», a-t-il rappelé.

Pour tirer son épingle du jeu, le Québec devra toutefois se montrer proactif. M. Duhamel entretient beaucoup d'espoir à l'égard de la future politique industrielle de la ministre Élaine Zakaïb.

Selon Deloitte, le Québec va devenir le premier État ou province en Amérique du Nord à se doter d'une pareille stratégie. La politique industrielle précédente, Le virage technologique, date de 1982. Elle était l'oeuvre de Bernard Landry. Les grappes industrielles de Gérald Tremblay ont suivi par après.

Pour qu'elle devienne un succès, M. Duhamel soutient que la politique doit être flexible, englobante (ressources humaines, infrastructure, énergie, productivité) et jouer sur différents leviers d'action (fiscalité, réglementation, etc.).

«Il se peut qu'une politique industrielle, qui arrive une fois par génération, ait un impact si elle est bien calibrée, dit M. Prévost, économiste de formation. C'est une occasion à ne pas manquer.

«Tout est en place pour relancer le manufacturier au Québec sur des bases d'innovation, de productivité, de produits de niche et d'automatisation, des éléments où il y a beaucoup de travail à faire au Québec», indique-t-il.

Compte tenu de ce qu'il a vu ce printemps, Simon Prévost est toutefois loin d'être certain que la politique livrera toutes ses promesses.

La ministre Élaine Zakaïb a tenu des consultations préliminaires auprès d'une quarantaine de groupes au cours des derniers mois. Elle espère présenter sa politique industrielle l'automne prochain, a expliqué son attachée de presse, Danielle Rioux.

Le secteur manufacturier au Québec: 

> 500 000 emplois directs

> Un salaire moyen supérieur de 22% à la moyenne provinciale (55 481$ comparativement à 45 906$)

> 15,9% du PIB

> 89% des exportations internationales




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