Les exportateurs québécois de bois-d'oeuvre et de matériaux de construction ne devraient pas trop s'emballer devant le rebond inattendu de 22% des mises en chantier observé le mois dernier aux États-Unis.

Maxime Bergeron
Maxime Bergeron LA PRESSE

«Il ne faut pas sabler le champagne, loin de là», avertit Francis Généreux, économiste principal au Mouvement Desjardins, en entrevue à La Presse Affaires.

 

Le nombre de mises en chantier est passé de 477 000 à 583 000 entre janvier et février, alors que les analystes s'attendaient à une baisse. Cette remontée risque fort d'être passagère, avertissent les experts, puisque peu de facteurs dans l'économie américaine justifient une reprise de la construction résidentielle.

«Le marché n'est vraiment pas encore à l'équilibre et la demande est encore très faible, avec les pertes de plus de 100 000 emplois qu'on observe tous les mois, souligne Francis Généreux. C'est dur de croire que le marché immobilier va avoir un regain tout d'un coup et que la demande va repartir.»

Le sursaut de février pourrait même s'avérer néfaste à la relance du marché, fait valoir l'économiste dans un rapport.

«En janvier, le ratio des stocks par rapport aux ventes de maisons neuves se situait à 13,3 mois, un sommet depuis 1962, écrit M. Généreux. Puisque les mises en chantier s'ajoutent à ce stock, le déséquilibre risque d'être encore plus grand.»

Guy Chevrette, président du Conseil de l'industrie forestière du Québec, partage cette vision pessimiste.

La situation actuelle est «catastrophique» pour les exportateurs de bois et le rebond du mois dernier aux États-Unis n'y changera rien. «Ça n'aura pas d'influence du tout, c'est trop passager.»

Le fond du baril?

Les causes du regain de février demeurent assez floues. Selon l'économiste Millan Mulraine, de TD Valeurs mobilières, le temps plus doux qu'en janvier pourrait avoir joué un rôle.

Qu'importe les raisons, «il ne s'agit en aucun cas d'un signe que la correction du marché immobilier américain tire à sa fin», écrit M. Mulraine dans un rapport.

Ce sont surtout les immeubles multilogements qui ont contribué à la hausse. Le nombre de condos et maisons en rangée mis en chantier a bondi de 80% entre janvier et février, tandis que la construction d'unifamiliales a progressé de 1%.

Les économistes sondés par l'agence Bloomberg s'attendaient en moyenne à 450 000 nouvelles mises en chantier le mois dernier. Le chiffre réel dépasse de loin leurs estimations, mais il demeure 47% inférieur au nombre de projets entamés en février 2008.

«Et c'est à peine le quart des mises en chantier qui se faisaient il y a trois ans», précise Francis Généreux, de Desjardins.

Le nombre de permis de bâtir, pour sa part, a grimpé de 3,5% entre janvier et février, à 547 000, a indiqué hier le département américain du Commerce. C'est 44% de moins qu'il y a un an.

Malgré les perspectives qui demeurent maussades pour les prochains mois, les grands constructeurs immobiliers américains ont profité de la bonne nouvelle d'hier sur les marchés. L'indice S&P 500 de la construction résidentielle a bondi de 6,9% en Bourse.