Le canadien Barrick va acquérir son concurrent britannique Randgold afin de créer un géant mondial de l'or en Amérique et en Afrique, qui pèsera 18 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Patrice Novotny AGENCE FRANCE-PRESSE

Pour cette opération, le groupe basé à Toronto, premier producteur mondial, va émettre de nouvelles actions, qui seront échangées aux actuels propriétaires de Randgold contre leurs titres dans la compagnie basée dans l'île anglo-normande de Jersey, sur la base de 6 128 nouvelles actions Barrick pour chaque action Randgold, ont annoncé lundi ces sociétés dans un communiqué commun.

Au cours de clôture de Barrick vendredi soir, cela valorise Randgold à quelque 6 milliards de dollars.

Une fois cet échange effectué, les actuels actionnaires de Barrick possèderont 66,6 % de la société Barrick agrandie, tandis que ceux de Randgold détiendront 33,4 % des titres.

Barrick produit du métal jaune notamment en Amérique (Argentine, Canada, États-Unis, Pérou et République dominicaine) tandis que Randgold est présent surtout en Afrique (Côte d'Ivoire, Mali et République démocratique du Congo). Outre l'or, Barrick exploite aussi des mines de cuivre au Chili, en Arabie Saoudite et en Zambie.

« Les conseils d'administration de Barrick et Randgold pensent que cette fusion va créer une entreprise leader de l'or, avec la plus grande concentration de mines de haut niveau, les coûts les plus réduits parmi les grands acteurs du secteur et des actifs variés dans plusieurs des principales régions aurifères du monde », ont-ils expliqué dans leur communiqué.

En se basant sur les résultats de 2017, la nouvelle société Barrick réaliserait un chiffre d'affaires annuel de 9,7 milliards de dollars et un bénéfice brut d'exploitation ajusté de 4,7 milliards de dollars.

« Décisions difficiles »

L'acquisition est prévue pour être bouclée dès le premier trimestre 2019, une fois obtenu les accords des actionnaires des deux groupes et des autorités de régulation. Le président exécutif de Barrick, John Thornton, conservera son poste tandis que le directeur général de Randgold, Mark Bristow, prendra la direction exécutive de la société Barrick agrandie.

M. Bristow a souligné que l'industrie de l'or était souvent « critiquée pour son penchant pour le court terme, sa croissance sans mesure et ses mauvais retours sur investissements ». « L'entreprise fusionnée sera différente. Elle devra permettre les profits les plus élevés du secteur et pour cela nous devrons être sévères vis-à-vis de nos actifs et de la façon dont nous gérons nos affaires, étant préparés à prendre des décisions difficiles », a ajouté le dirigeant sud-africain, envoyé au front avec l'armée de son pays à la fin des années 70, d'après un récit tenu en 2011 à la presse britannique.

Les deux sociétés n'ont pas évoqué explicitement des suppressions d'emplois dans leur communiqué. Barrick compte environ 10 000 salariés dans 10 pays tandis que Rangold emploie, directement ou indirectement, 12 400 personnes, d'après son rapport annuel 2017.

Les actions du nouveau groupe seront cotées aux Bourses de New York et de Toronto, comme celles de Barrick actuellement. La cotation de Randgold à la Bourse de Londres sera annulée.

Cette fusion a été bien accueillie par les investisseurs, l'action de Barrick Gold ayant gagné 5,4 % à 11,03 dollars à la Bourse de New York tandis que celle de Rangold, cotée sur le Nasdaq, prenait 6,6 %, à 68,15 dollars en clôture.

« Cet accord va permettre à Randgold de réduire son exposition aux marchés africains à hauts risques en direction des actifs plus stables de Barrick en Amérique du Nord. Au vu des récentes turbulences, c'est une bonne idée », a jugé Nicholas Hyett, analyste du marché action chez Hargreaves Lansdown.

Une nouvelle loi sur le code minier en République démocratique du Congo promulguée début mars a en effet provoqué la colère de Mark Bristow car elle relève les taxes sur les métaux « stratégiques » et sur les superprofits des sociétés minières.