La nouvelle entente conclue par le gouvernement du Québec et Rio Tinto ne prévoit plus d'investissement de plusieurs milliards dans une nouvelle aluminerie au Saguenay, mais elle pourrait permettre à Hydro-Québec d'économiser des millions de dollars.

HÉLÈNE BARIL LA PRESSE

La société d'État ne sera plus obligée d'acheter les surplus d'énergie de Rio Tinto advenant une réduction des besoins de la multinationale, prévoit la nouvelle version de l'entente entre les deux parties.

Cette disposition de l'entente originale qui date de 2006 a déjà coûté 148 millions à Hydro-Québec en 2012, quand Rio Tinto a décrété un lock-out de six mois à son usine d'Alma. La société d'État avait alors dû racheter au prix du marché l'énergie non utilisée par Rio Tinto, même si elle n'en avait aucun besoin en raison de ses importants surplus.

Rio Tinto produit la plus grande partie de l'électricité dont elle a besoin au Saguenay, à un coût infime grâce aux droits hydrauliques qui lui ont été accordés par le gouvernement du Québec en échange de ses investissements et du maintien d'emplois au Québec.

600 000 $ par jour

Le syndicat qui représente les employés en lock-out de l'Aluminerie de Bécancour (ABI), dont les actionnaires sont Rio Tinto (25 %) et Alcoa (75 %), ont réclamé hier les mêmes dispositions contractuelles s'appliquant à leur employeur, qui continue selon eux de bénéficier d'un traitement de faveur.

Contrairement à Rio Tinto, ABI ne produit pas d'énergie, mais depuis le lock-out décrété le 11 janvier dernier, l'aluminerie a réduit sa consommation d'énergie sans avoir à payer les pénalités prévues par Hydro-Québec dans ce genre de situation.

« Québec a réglé le problème avec Rio Tinto, mais pendant ce temps, la facture grimpe chez ABI », souligne Alain Croteau, du Syndicat des Métallos, qui représente les 1039 employés d'ABI en lock-out.

Le syndicat a calculé que le conflit chez ABI coûtait 600 000 $ par jour à Hydro-Québec. Cette somme représente le manque à gagner sur les ventes d'électricité et la pénalité pour la baisse de consommation que l'entreprise n'a pas payée parce que son contrat prévoit que le lock-out est un cas de « force majeure ».

« C'est une injustice », dit le porte-parole syndical, qui estime que les Québécois paient pour aider une multinationale à financer son lock-out.

Au total, le syndicat calcule que le conflit a coûté 118 millions à Hydro-Québec, du 11 janvier jusqu'à hier.

Moins d'investissement

L'entente renouvelée et prolongée avec Rio Tinto qui a été annoncée mardi par le gouvernement québécois ne fait plus mention des importants projets d'expansion de l'entreprise qui étaient au coeur de la version de 2006.

En échange du droit de produire son électricité et de tarifs réduits pour ses besoins en énergie supplémentaire, Rio Tinto, qui s'appelait alors Alcan, s'était engagée à prendre de l'expansion au Saguenay, notamment par la construction d'une nouvelle aluminerie de plus de 2 milliards au Saguenay.

Rio Tinto évoque maintenant des investissements beaucoup plus modestes, destinés seulement à maintenir des emplois, d'ici 2025. Le contexte mondial n'est pas favorable à l'ajout de production, a expliqué Gervais Jacques, directeur exécutif de Rio Tinto.