L'ambition d'Hydro-Québec de remplacer le mazout par de l'électricité renouvelable dans les communautés éloignées s'avère plus compliquée que prévu à réaliser. Un appel d'offres lancé par la société d'État pour acheter pendant 20 ans de l'énergie produite avec les résidus de bois d'une scierie à Opitciwan, au nord de La Tuque, n'a intéressé aucun producteur privé.

Hélène Baril LA PRESSE

Personne n'a répondu à l'invitation d'Hydro-Québec, qui voulait remplacer la centrale de 4,9 MW actuellement alimentée au diesel par de l'énergie plus propre et moins coûteuse que 30,56 cents le kilowattheure (le coût évité).

L'objectif était de valoriser les résidus de la scierie d'Opitciwan dans une centrale à la biomasse. L'initiative avait été très bien accueillie par la communauté atikamekw, qui se réjouissait de devenir la première communauté autochtone en réseau autonome à faire l'objet d'un projet de production d'énergie renouvelable.

Hydro-Québec n'a pas expliqué pourquoi son appel d'offres a fait chou blanc. Des appels à quelques producteurs privés d'énergie renouvelable n'ont rien donné non plus. Mais l'Association québécoise des producteurs d'énergie renouvelable (AQPER), dont ils sont membres, n'est pas surprise du résultat.

« On n'est pas vraiment surpris, a indiqué hier le président de l'AQPER, Jean-François Samray. Dès que l'appel d'offres est sorti, on a dit à Hydro-Québec qu'il y avait des conditions qui feraient en sorte qu'aucun promoteur ne serait intéressé. »

Il explique que la rentabilité d'une centrale à la biomasse est liée à son approvisionnement en résidus forestiers, qui n'était pas garanti dans l'appel d'offres. « Quand l'intrant principal vient d'une seule source, qu'est-ce qui arrive si la scierie ferme ou fonctionne au ralenti ? »

Selon le président de l'AQPER, les appels d'offres pour l'énergie éolienne ou solaire sont plus attrayants pour les producteurs privés, parce qu'ils sont moins risqués que la biomasse pour un investissement équivalent. « On est déçus parce que tout le monde a perdu », dit Jean-François Samray.

L'AQPER et la communauté atikamekw espèrent pouvoir rencontrer les dirigeants d'Hydro-Québec pour tenter de reprendre l'exercice et aboutir à un projet gagnant. « Il va y avoir un retard d'un an ou deux, mais c'est mieux que s'il y avait eu une seule proposition et que ce promoteur avait fait faillite après quelques années », estime M. Samray.

Des obstacles

Hydro-Québec a entrepris de remplacer le mazout dans les communautés qui ne sont pas reliées à son réseau par de l'énergie plus verte et moins coûteuse que le diesel, le carburant le plus utilisé pour produire de l'électricité.

La société d'État veut aussi convertir à l'électricité les équipements de chauffage au mazout utilisés dans les marchés commercial et industriel au Québec, pour augmenter ses ventes et contribuer à la transition énergétique.

Cette stratégie se heurte toutefois à plusieurs obstacles qui retardent son exécution. En plus de l'absence de réponse à son appel d'offres pour Opitciwan, Hydro a essuyé un refus de la Régie de l'énergie à sa proposition d'encourager financièrement la conversion du mazout à l'électricité des commerces et des usines. Dans ce dernier cas, une autre proposition devrait être faite à la Régie, indique Hydro-Québec.

Un autre projet de conversion, celui des Îles-de-la-Madeleine, suit son cours. Trois entreprises ont répondu à l'appel d'offres d'Hydro-Québec qui est prête à acheter de l'énergie de source éolienne pendant 20 ans pour remplacer une partie de la production de la centrale au mazout qui alimente les Madelinots. Le résultat de cet appel d'offres devrait être connu au début du mois prochain.

Parallèlement, Hydro-Québec examine la possibilité de relier les Îles-de-la-Madeleine à son réseau au moyen d'un câble sous-marin. Une étude est en cours à l'interne, et les conclusions sont attendues d'ici à la fin de l'année, a indiqué Marc-Antoine Pouliot, porte-parole de l'entreprise.