Combien vaut la forêt québécoise? Depuis le mois d'avril, on en a une petite idée, puisque 25% des arbres sont mis aux enchères et vendus au plus offrant.

Mis à jour le 18 nov. 2013
Hélène Baril LA PRESSE

Le prix moyen obtenu jusqu'ici tourne autour de 10$ le mètre cube, ce qui donne une valeur théorique de 320 millions de dollars aux 32 millions de mètres cubes de bois exploitables annuellement dans la forêt publique.

La superficie exploitable a rétréci depuis que ce n'est plus l'industrie qui l'évalue, mais le Forestier en chef, le nouveau gardien de la ressource.

Un nouveau régime forestier a dû être mis en place parce que la forêt québécoise était surexploitée et qu'elle ne rapportait pas assez de redevances à la collectivité. Certaines années, l'industrie recevait plus d'argent du gouvernement qu'elle en versait pour les droits de coupe.

La mise aux enchères d'une petite partie de la forêt publique a pour effet de tirer le prix du bois vers le haut, constate Luc Bouthillier, ingénieur forestier et professeur à l'Université Laval.

Le but de ces enchères est d'attirer de nouveaux acteurs dans l'industrie en offrant du bois qui était auparavant réservé aux entreprises traditionnelles. «Aucun nouvel acteur ne s'est encore manifesté, mais il est encore trop tôt pour porter un jugement définitif.»

Vieilles pratiques

Les enchères ont toutefois montré que les veilles pratiques sont encore bien vivantes. En Abitibi, Tembec a misé 0,85$ le mètre cube pour un petit lot à proximité de ses usines mis aux enchères par la MRC. C'est Matériaux Blanchet, une entreprise beaucoup plus petite, qui a remporté la mise avec une offre près de 6 fois plus élevée, à 5,05$ le mètre cube. Tembec a eu beau menacer de faire des mises à pied si elle n'obtenait pas le bois à son prix, elle n'a pas eu gain de cause.

Cette nouvelle façon de faire reste en travers de la gorge de l'industrie, qui se plaignait déjà de payer sa matière première trop cher. Le président de Tembec, Jim Lopez, qui modernise son usine de Témiscaming avec l'appui financier du gouvernement du Québec, jure qu'il investira plutôt en Ontario si rien ne change.

Selon le ministère des Ressources naturelles, les coûts des scieries québécoises se comparent à ceux de l'Ontario et de la Colombie-Britannique quand on prend en compte le coût du bois, mais aussi les autres coûts comme le prix de l'électricité, qui est moins élevé au Québec.

C'est faux, dit André Tremblay, président directeur du Conseil de l'industrie forestière du Québec, qui entend profiter du rendez-vous de cette semaine pour corriger les calculs du gouvernement.

Le Forestier en chef a aussi pour mandat de consacrer une partie de la forêt à d'autres usages ou de créer des aires réservées, à la demande du gouvernement. Ces nouvelles directives réduisent le terrain de jeu des entreprises forestières, qui craignent pour leurs approvisionnements futurs.

En même temps, les producteurs de bois en forêt privée ont du bois en quantité à offrir aux entreprises. «On pourrait vendre le double de ce qu'on vend actuellement», affirme Marc-André Côté, directeur général de la Fédération des producteurs forestiers du Québec.

Contrairement au gouvernement, qui accepte de vendre son bois pas cher en échange des retombées économiques promises par l'industrie, les producteurs privés veulent obtenir un juste prix. «Nous, notre bois, on le vend, on ne le donne pas», dit Marc-André Côté.