Les tarifs d'électricité consentis par Terre-Neuve-et-Labrador et Québec seront un facteur important quand New Millennium Iron et Tata Steel choisiront lequel de leurs deux immenses gisements de fer de la Fosse du Labrador ils exploiteront en premier.

Hugo Fontaine LA PRESSE

New Millennium (NML) et son partenaire indien travaillent actuellement à l'étude de faisabilité du projet Taconite, au nord de Schefferville, qui pourrait nécessiter un investissement initial de près de 5 milliards de dollars. Le projet comprend les gisements LabMag, au Labrador, et KéMag, au Québec, séparés par quelques kilomètres et contenant ensemble plus de 9 milliards de tonnes de minerai.

Les partenaires prévoient expédier au moins 20 millions de tonnes de fer par année vers une nouvelle usine de bouletage à Sept-Îles. L'étude de faisabilité, dont on attend les résultats d'ici la fin de l'année, permettra de déterminer de quel gisement on extraira d'abord le minerai - et vers quelle province iront les redevances.

«Cela dépend de l'économique des deux projets», explique le président et chef de la direction de New Millennium, Dean Journeaux. «Les deux projets ne sont pas tellement différents», précise-t-il.

Mais la question des tarifs d'électricité pourra être un élément de différenciation important, car Taconite nécessitera une puissance considérable d'environ 300 MW. Par comparaison, le projet DSO (4 millions de tonnes), que Tata et New Millennium mèneront à la production au tournant de 2013, nécessite 10 MW. Une aluminerie comme Alouette a besoin d'une puissance de 500 MW.

Tata et NML discutent avec les fournisseurs d'électricité des deux provinces, confirme M. Journeaux.

KéMag est situé à environ 270 km de la centrale québécoise Brisay. LabMag est à 300 km du complexe hydroélectrique de Churchill Falls. Au cours des derniers mois, la question du tarif d'électricité accordé aux sociétés minières dans le cadre du Plan Nord a fait jaser, à commencer par le tarif L accordé à ArcelorMittal pour son plan d'expansion à Fermont et Port-Cartier. Le tarif L (autour de 4,5 cents le kilowatt-heure) peut être normalement accordé aux grands utilisateurs industriels comme les alumineries.

Le président d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, a mentionné en avril que pour l'extraction minière au nord du 53e parallèle (donc au nord de Fermont), le tarif ne serait pas en bas du coût d'exploitation du nouveau complexe de La Romaine (6,5 cents), plus un bénéfice. C'est le coût marginal, soit le coût de l'électricité produite par les plus récents barrages. «Ce n'est pas réglé encore», a répondu Dean Journeaux aux journalistes quand il a été question de tarifs spécifiques.

M. Journeaux et le chef de la direction de Tata Steel Minerals Canada, Rajesh Sharma, étaient les deux conférenciers d'un événement organisé par le journal Les Affaires.

Ferroduc ou chemin de fer

Le plan initial de New Millennium pour expédier le fer à Sept-Îles est la construction d'un «ferroduc» de 750 kilomètres, pour la somme d'un milliard. Le pipeline permettait d'abaisser significativement les coûts de transport par rapport aux chemins de fer existants.

Or, le projet du Canadien National - soutenu par la Caisse de dépôt - de construire un tout nouveau chemin de fer de Sept-Îles jusqu'à la Fosse du Labrador pourrait tenter New Millennium. «C'est une option, si jamais il y a plusieurs utilisateurs, a indiqué M. Journeaux. Plus il y a d'utilisateurs, plus il y a de volume, moins le coût à la tonne est élevé.»