Les États-Unis, qui s'inquiétaient encore récemment du «peak» pétrolier, se retrouvent aujourd'hui au coeur d'un «boom» pétrolier et gazier. Un changement qui bouleverse déjà en profondeur la première économie mondiale.

Hélène Baril LA PRESSE

Ce changement, qui s'est opéré le temps de quelques Conférences de Montréal seulement, tous les conférenciers l'ont souligné hier à l'occasion de la journée consacrée à l'énergie de la 18e présentation de l'événement.

«Les États-Unis reprennent leur place de superpuissance énergétique», croit Dan Sullivan, commissaire du département des Ressources naturelles de l'Alaska, qui estime que ce revirement aura un impact majeur sur l'offre et la demande mondiale d'énergie.

L'Américain estime que la révolution du gaz et du pétrole extrait grâce aux technologies de fractionnement de la roche a déjà commencé à modifier le paysage économique des États-Unis. Des aciéries fermées ont recommencé à tourner et l'industrie pétrochimique américaine a repris vie.

Les États-Unis ont déjà été une puissance énergétique, a rappelé le commissaire. Sur les sept milliards de barils de pétrole utilisés par les forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale, six milliards de barils avaient été fournis par les Américains, a-t-il illustré.

Longtemps en déclin, la production de pétrole aux États-Unis s'est remise à augmenter et a atteint récemment son niveau le plus élevé depuis 14 ans.

Ce n'est que le début du processus, selon lui. Avec ses ressources gigantesques, l'Alaska contribuera à assurer la sécurité énergétique du pays et à améliorer sa balance commerciale.

Cette révolution du gaz et du pétrole non conventionnel aura des impacts majeurs, a reconnu lui aussi le président-directeur général du grand groupe énergétique européen GDF-Suez, Gérard Mestrallet.

«Les États-Unis pourraient devenir autosuffisants en pétrole et toute la géopolitique internationale va en être affectée», a-t-il souligné.

Trouver d'autres marchés

Le Canada, premier fournisseur de pétrole des États-Unis, risque de faire les frais de la remontée en puissance des États-Unis sur le front énergétique. Et le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, le sait mieux que quiconque.

Hier, il a insisté sur l'importance de trouver de nouveaux marchés pour le pétrole canadien, afin de réduire sa dépendance envers les États-Unis. Le Canada peut contribuer à la sécurité énergétique des États-Unis, mais aussi mondiale, a-t-il souligné.

Les projets de renversement du flot des pipelines existants pour acheminer le pétrole canadien en Ontario et au Québec sont à l'avantage de tout le monde, a-t-il fait valoir.

«Le Québec pourrait améliorer son économie et le pétrole de l'Ouest contribuerait à réduire les prix», a-t-il dit.

Selon lui, il est aussi permis de penser qu'un jour, le pétrole de l'Ouest pourra être exporté vers l'Europe à partir des régions atlantiques.

Le ministre Oliver assure toutefois que son gouvernement n'entend pas forcer les choses. «Ce sont des décisions qui reviennent au marché», a-t-il précisé.

À la demande des deux raffineries encore actives au Québec, l'entreprise Enbridge, propriétaire du pipeline principal qui traverse l'Ontario et le Québec, déposera une demande pour renverser le flot de cet oléoduc pour remplacer une partie du pétrole importé utilisé par ces raffineries par du pétrole canadien.