La ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, a autorisé le démantèlement de la raffinerie Shell à Montréal-Est, hier. Malgré la colère du syndicat, elle y voit une «bonne nouvelle pour le milieu», dans la mesure où les terrains seront décontaminés et pourraient intéresser des investisseurs.    

Tommy Chouinard LA PRESSE

«La décontamination va rendre disponibles sur le marché des terrains dont Shell pourrait se départir. Shell est ouvert à vendre certains des terrains sur lesquels était située sa raffinerie», a expliqué Mme Normandeau à La Presse.

Hier, la ministre a envoyé à Shell une lettre l'autorisant à démanteler les installations de sa raffinerie fermée depuis le 7 octobre et convertie en terminal. L'opération pourrait durer deux ans et donner de l'emploi à 500, voire 1000 personnes, a-t-elle fait valoir. Shell a l'obligation de décontaminer les terrains, en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement. «Il ne pouvait y avoir de décontamination sans permis de démantèlement», a noté Mme Normandeau.

«Ne pas délivrer le permis, ça aurait signifié de laisser à l'abandon des installations, de ne pas décontaminer les terrains, de priver le milieu d'occasions d'affaires», a-t-elle ajouté.

Le ministre du Développement économique, Clément Gignac, a mandaté un représentant de son ministère afin de participer aux travaux d'un comité de relance de l'est de Montréal.

Québec se défend de laisser tomber les travailleurs. «On a fait du travail de démarche pendant des mois. On est allés voir partout sur la planète pour voir s'il y avait un joueur intéressé. Et malheureusement, ça n'a pas donné les résultats escomptés», a affirmé Mme Normandeau. Shell a refusé toutes les offres qui lui ont été faites. Clément Gignac avait mis en doute les efforts réels déployés par Shell pour étudier les offres, allant jusqu'à se demander si la pétrolière avait vraiment l'intention de vendre ses installations.

Engagement brisé

Nathalie Normandeau avait promis de rendre une décision uniquement après le dépôt du rapport d'une commission parlementaire qui, l'automne dernier, s'était penchée sur l'impact de la fermeture de la raffinerie sur la sécurité des approvisionnements en produits pétroliers. Or ce rapport n'a pas été déposé. «La ministre brise son engagement. Je suis furieuse», a tonné la députée péquiste de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, par voie de communiqué.

«Les députés n'ont pas réussi à s'entendre, et je doute qu'ils s'entendent un jour», a répliqué la ministre. Le PQ et le gouvernement s'accusent mutuellement d'avoir saboté les travaux de la commission. «Ça fait huit mois que la commission est au travail. Je ne peux pas attendre ad vitam aeternam. J'ai des décisions à prendre, et Shell fait énormément de pressions pour obtenir son permis de démantèlement», a dit Mme Normandeau.

Selon la ministre, la fermeture de la raffinerie ne compromet «d'aucune manière» la sécurité des approvisionnements. «La capacité de raffinage du Québec, même avec la fermeture de Shell, est supérieure à 100%. Avec Shell, c'était 147%; et sans Shell, c'est 111%», a-t-elle souligné. Ultramar et Suncor raffinent 400 000 barils par jour, alors que la consommation québécoise est de 360 000 barils. Les 40 000 barils excédentaires sont exportés en Ontario.

Selon Nicole Léger, «alors que le Québec doit tendre vers son indépendance énergétique, la ministre préfère l'affaiblir en autorisant la diminution de la capacité de raffinage québécoise».