Devant le refus d'Hydro-Québec de collaborer avec elle, Terre-Neuve serait sur le point de mettre son plan B à exécution. Le premier ministre Dany Williams doit annoncer aujourd'hui la conclusion d'une entente avec la Nouvelle-Écosse pour faire passer à travers la province de l'hydroélectricité provenant de son projet de Bas-Churchill, au Labrador. Mais M. Williams n'abandonnerait pas ses visées québécoises pour autant.

Publié le 18 nov. 2010
Hugo De Grandpré LA PRESSE

Selon des informations obtenues par CBC hier, l'entente toucherait 800 mégawatts provenant de Muskratt Falls, l'un des deux projets que l'on prévoit mettre en valeur dans le cadre de ce vaste projet de 2800 mégawatts, qui pourrait potentiellement desservir 1,5 million de foyers. Le plus gros projet, Gull Island, serait pour l'instant laissé de côté.

À terme, Terre-Neuve-et-Labrador souhaiterait atteindre les marchés américain, ontarien et des Maritimes. Mais dans deux décisions rendues il y a quelques mois, Hydro-Québec et la Régie de l'énergie ont mis du sable dans l'engrenage en refusant que la province atlantique passe par ses lignes à haute tension, sous prétexte qu'elles n'avaient pas la capacité de supporter une telle charge supplémentaire.

Résultat: Terre-Neuve en a appelé de la décision et a promis de la combattre jusqu'en Cour suprême, au besoin. Entre-temps, le premier ministre terre-neuvien, Dany Williams, y est allé d'une tactique qu'il avait déjà mise à l'épreuve face au gouvernement conservateur lors des dernières élections fédérales: mener une campagne publique de dénonciation. Ainsi, d'hypocrite à mauvais pour le Canada, et d'injuste à manifestement incorrect, le coloré politicien n'a pas mâché ses mots pour faire pression sur Québec. Mais jusqu'ici, sans succès.

Nalcor, l'équivalent terre-neuvien d'Hydro-Québec, serait donc sur le point d'annoncer aujourd'hui avec Emera Energy de Nouvelle-Écosse, la société mère de Nova Scotia Power, que les deux provinces iront de l'avant avec la transmission d'électricité provenant de Bas-Churchill, mais au travers la Nouvelle-Écosse, et en quantité moindre.

Selon CBC, Nalcor estime qu'une telle approche demeure viable, étant donné le fait qu'il existe déjà un marché. L'électricité serait utilisée dans un premier temps par les deux provinces pour remplacer l'utilisation de charbon, notamment. Une certaine quantité pourrait aussi être exportée vers le Nouveau-Brunswick et les États-Unis. Mais une telle décision ne signifierait pas pour autant que Québec aurait gagné la bataille: le président de Nalcor, Ed Martin, a déclaré lors d'une entrevue réalisée il y a deux semaines que d'aller de l'avant avec l'entente avec la Nouvelle-Écosse ne signifierait pas que la société de la Couronne abandonnait son ambition de passer par les infrastructures d'Hydro-Québec pour mener à bien ses visées commerciales.

«Si nous voulons transporter le genre de volume dont nous parlons sur les 50 prochaines années, nous aurons besoin des deux routes», a expliqué M. Martin. C'est donc dire que l'appel de la décision de la Régie de l'énergie risque de suivre son cours.

Par ailleurs, une entente avec la Nouvelle-Écosse suppose que l'électricité sera transportée du Labrador à la Nouvelle-Écosse par un câble sous-marin, une opération qui pourrait coûter plusieurs milliards de dollars. Pour ce faire, Terre-Neuve réclame un financement du gouvernement fédéral, demande à laquelle le Québec s'est récemment opposé, au motif qu'il n'avait pas eu droit à une aide semblable lorsqu'il a bâti son propre réseau hydroélectrique. Selon une source, cette question ne fera pas partie de l'annonce d'aujourd'hui.