L'année dernière a été tellement difficile que les frères Lemaire (t.cas) ont pensé racheter la totalité des actions de Cascades et sortir l'entreprise de la Bourse. Heureusement pour eux, 2009 s'amorce avec un profit net de 37 millions de dollars... et un titre qui a bondi de 25% hier.

Stéphane Paquet
Stéphane Paquet LA PRESSE

«Nous sommes optimistes», a commencé Bernard Lemaire, vice-président à la direction du conseil d'administration, lisant un texte à l'assemblée annuelle de Cascades. Sa présentation devait porter sur la vision à long terme de l'entreprise, mais il a vite fait de laisser tomber ses notes et de parler avec ses tripes.

«Pour moi, d'avoir vécu la dernière année, ça a été vraiment difficile», a-t-il recommencé. Malgré ses 4 milliards de chiffre d'affaires, le marché boursier ne donnait plus que 170 millions de valeur à Cascades au plus fort de la crise, a-t-il rappelé. La valeur comptable, elle, était alors de 1,2 milliard.

«On se dit: qu'est-ce qui nous arrive? C'est vraiment: on s'en va-tu vers une faillite? Le marché ne donne pas de valeur à ce qu'on a construit en 45 ans.»

L'aîné des frères Lemaire a aussi trouvé difficile de déconstruire dans le courant de l'année, de devoir fermer des usines, «de 130 unités à 105 unités», a-t-il précisé dans son discours empreint d'émotions. «On a passé à travers (...) sans aide gouvernementale», a-t-il noté.

Il a promis de ne pas refaire de discours l'an prochain. Mais quand il a eu fini, les actionnaires se sont levés et l'ont applaudi longuement.

«Bernard est meilleur quand il ne lit pas son texte, a tout de suite après lui lancé Laurent Lemaire, président du conseil d'administration. Mais ça nous effraie un peu.»

L'action bondit

Plus tard, en conférence de presse, les frères Lemaire admettront avoir songé à racheter les 65% d'actions qu'ils ne détiennent pas. «Mais si on s'était mis à acheter, le titre aurait monté», ont-ils convenu ensemble.

Et vendre Cascades? «C'est pas à vendre et ça ne l'a jamais été», tranche encore le grand frère au nom du groupe. Et il ajoute: «Qu'est-ce qu'on ferait de plus avec un milliard? Là, on est fiers, notre monde va pouvoir continuer à travailler.»

Car la besogne reprend chez Cascades, même s'il reste encore deux unités déficitaires qui ont six mois pour produire des profits. «Ces unités-là sont au courant», a expliqué en entrevue à La Presse Affaires Alain Lemaire, président et chef de la direction.

Dans le groupe des papiers tissus (mouchoir et essuie-tout), la demande est telle que Cascades doit s'ajuster pour répondre à la demande. «On est oversold, donc il faut produire», explique le président.

Au Québec et en Ontario, la marque Cascades, qui se retrouve sur les tablettes sous forme de mouchoirs et d'essuie-tout, est rentable après trois ans. Les ventes sont d'environ 35 millions par année. Les États-Unis bientôt? «Il faut terminer le Canada avant de se lancer aux États-Unis», explique Alain Lemaire.

Au premier trimestre, le bénéfice d'exploitation de ce secteur est passé de 12 millions à 39 millions. Le carton plat, lui, est passé d'une perte de 1 million à un bénéfice d'exploitation de 22 millions, les deux secteurs qui ont mieux fait.

Au total, la valeur des ventes a progressé de 1%, à 970 millions, même si le total des expéditions, lui, a baissé de 12%. Des prix plus élevés, des matières premières moins chères et un dollar canadien plus favorable ont permis au groupe de Kingsey Falls d'enregistrer un bénéfice net de 37 millions, soit «le meilleur premier trimestre de l'histoire de Cascades».

Ces données ont permis au titre de faire un saut de 25% à Toronto pour finir la journée à 4,65$, en hausse de 94 cents. Au cours des trois premiers mois de l'année, Cascades a racheté et annulé 1,1 million d'actions au coût moyen de 2,12$.