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Travailler après la prison

Sylvie Beaudin (gauche), une ex-détenue en processus de... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Sylvie Beaudin (gauche), une ex-détenue en processus de recherche d'emploi et Ruth Gagnon, directrice générale de la Société Élizabeth Fry du Québec.

Photo Alain Roberge, La Presse

Élise vient de passer plus de 20 ans derrière les barreaux pour le meurtre d'un policier. L'embaucheriez-vous?

Plusieurs téléspectateurs d'Unité 9 accepteraient sans doute de donner une seconde chance au personnage interprété par Micheline Lanctôt. Mais dans la réalité, les employeurs n'ont pas la possibilité de voir évoluer les détenus et de s'attacher à eux. Plusieurs refusent tout simplement de considérer leur candidature, même s'ils ont généralement commis des délits beaucoup moins sérieux que celui d'Élise.

«On associe toujours le casier judiciaire à des crimes violents et graves, mais on peut en avoir un pour ivresse au volant ou vol à l'étalage, par exemple», nuance Michel Monette, président du Comité consultatif clientèle judiciarisée adulte. Environ 14% de la population canadienne en a un.

Une seconde chance

Sylvie Beaudin, elle, a été condamnée à 12 mois d'emprisonnement pour culture de cannabis. Elle prétend avoir plaidé coupable dans l'espoir de réduire la peine de son conjoint de l'époque. Depuis février, la femme de 52 ans loge à la Société Élizabeth Fry, un organisme en réinsertion sociale. Lorsqu'elle est autorisée à retourner dans son patelin, elle travaille.

Sylvie Beaudin fait partie des chanceuses. Ses anciens employeurs et amis ont accepté de lui garder son poste pendant sa détention. «Ils ont une bonne opinion de moi, ils savent que je suis une bonne personne, note-t-elle. Je m'occupe de l'entretien ménager de leur entreprise et de leur maison. J'ai même gardé leurs enfants.»

Durant sa détention, elle a veillé à entretenir les liens avec eux. «C'est plus facile quand des gens qui t'aiment et te font confiance t'attendent à ta sortie, souligne Mme Beaudin. Certaines filles pleurent parce qu'elles n'ont pas envie de retourner travailler. Elles craignent de faire face à la musique. C'est dur de trouver un nouvel emploi avec un dossier.»

Discrimination cachée

Le retour sur le marché du travail est d'autant plus difficile que plusieurs entreprises vérifient systématiquement les antécédents judiciaires des candidats intéressants. L'informatisation des plumitifs des palais de justice rend la démarche très facile, explique M. Monette.

En principe, on ne peut écarter une personne en raison de son casier judiciaire, à moins qu'il soit en lien avec l'emploi. Mais la discrimination est difficile à prouver. Les patrons donnent habituellement une autre raison.

En général, les femmes judiciarisées seraient toutefois avantagées. «Elles semblent faire moins peur aux employeurs que les hommes, constate Michel Monette. Elles travaillent aussi davantage dans des domaines où il n'y a pas de vérification systématique des antécédents judiciaires comme la restauration ou l'entretien ménager.»

Aide disponible

Néanmoins, elles craignent souvent le moment où elles devront rencontrer un employeur, constate Ruth Gagnon, directrice générale de la Société Elizabeth Fry du Québec. «C'est certainement la partie la plus stressante de leur processus d'intégration, note-t-elle. Mais c'est aussi une des dernières. Pour trouver un emploi, il faut se vendre et avoir confiance en soi.»

Souvent, les ex-détenues doivent d'abord travailler sur elles-mêmes. Des formations scolaires et des ateliers de cheminement personnel sont offerts dans les prisons et pénitenciers pour favoriser la réinsertion sociale.

Ensuite, des organismes en employabilité peuvent aider les personnes judiciarisées. «Dans nos programmes, nous enseignons notamment aux participants des façons d'annoncer qu'ils ont un casier judiciaire, souligne M. Monette. Ils doivent remettre à l'avant leur capacité à occuper l'emploi.»

La personne n'est pas obligée de mentionner son casier judiciaire tant qu'on ne le lui demande pas, rappelle-t-il. Par contre, si elle fait une fausse déclaration, ce peut être un motif de renvoi ou de non-embauche. Et ce, même si elle a obtenu une suspension de son casier (un pardon).

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LE TRAVAIL APRÈS LA PRISON EN CHIFFRES

800 000 Québécois ont un casier judiciaire;

6% des femmes ont un casier judiciaire au Québec;

20% des hommes ont un casier judiciaire au Québec;

750 000 heures d'enseignement ont été offertes à 5000 personnes incarcérées dans les prisons québécoises en 2011;

1500 contrevenants ont profité de services en employabilité au Québec en 2011;

32 jours, c'est le temps médian pour qu'un délinquant fédéral décroche un emploi avec l'aide du Service d'emploi dans la collectivité (ne comprend pas tous les ex-détenus);

500 délinquants ont obtenu une formation professionnelle au Québec dans les pénitenciers fédéraux en 2011-2012.

Sources : Service correctionnel du Canada, ministère de la Sécurité publique du Québec et Comité consultatif clientèle judiciarisée adulte




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