Le gouvernement fédéral envisage d'abolir l'obligation de retraite à 65 ans pour les employés des industries et entreprises sous sa réglementation, a-t-on appris lundi. La retraite obligatoire est-elle toujours pertinente, alors que le Canada a une population vieillissante et une pénurie de main-d'oeuvre qualifiée dans certains secteurs?

Martine Letarte LA PRESSE

«La retraite obligatoire a été abolie au fil du temps et on continue de l'éliminer, du moins dans le monde anglo-saxon, notamment parce que c'est considéré comme discriminatoire», indique d'emblée Diane-Gabrielle Tremblay, professeure spécialisée en gestion des ressources humaines à la TÉLUQ et conseillère en ressources humaines agréée (CRHA).

Pour elle, il n'y a pas de doute que l'abolition de cette règle serait une bonne nouvelle.

«Certains trouvent la retraite ennuyeuse. D'autres ont perdu des sommes importantes pendant la crise ou, encore, leurs régimes de retraite sont assez faibles, donc ils doivent continuer à travailler. De plus, cela ferait davantage d'impôts payés, donc des revenus supplémentaires pour l'État.»

Comment le gouvernement provincial, qui a interdit la retraite obligatoire en raison de l'âge en 1982, réagit-il à la nouvelle?

«Le gouvernement du Québec est contre la retraite obligatoire basée sur l'âge. Ça dit ce que ça dit», affirme Renaud Dugas, attaché de presse de Marguerite Blais, ministre de la Famille et des Aînés.

Aux yeux de Pauline Brassard, CRHA et présidente de PB Conseils RH, le gouvernement fédéral aurait dû changer cette loi il y a déjà des années! Pourquoi tant d'attente?

«C'est une question d'électorat, affirme-t-elle. Dans les années 80, les dirigeants d'entreprise n'auraient pas été contents d'un tel changement, parce qu'on était en situation de surplus de main-d'oeuvre. C'était l'époque des départs anticipés à la retraite. En ce moment, les conservateurs ont tout intérêt à le faire, parce que le monde du travail est paniqué avec la pénurie de main-d'oeuvre et la moyenne d'âge dans les organisations qui est maintenant d'environ 50 ans. Aussi, plusieurs personnes ont besoin de continuer à travailler.»

L'heure est plutôt à la rétention

Pour Diane-Gabrielle Tremblay, la retraite obligatoire basée sur l'âge ne tient plus tellement la route alors qu'en réalité, les entreprises doivent trouver des façons de retenir les travailleurs plus âgés en raison de la pénurie.

«Les entreprises doivent offrir plus de flexibilité. La conciliation travail-famille n'est pas à négliger, parce que plusieurs sont des proches aidants ou ils jouent un rôle important auprès de leurs petits-enfants. D'autres ne veulent plus autant de responsabilités ni autant d'heures et ils ont envie de faire du télétravail.»

La spécialiste ajoute que, financièrement, la situation doit aussi être intéressante pour les travailleurs âgés. «Ils doivent pouvoir retirer des prestations tout en pouvant continuer à contribuer à leur régime de retraite.»

Éviter l'autre extrême

Les deux expertes des ressources humaines espèrent toutefois que le gouvernement évitera d'aller vers l'autre extrême.

«Il ne faudrait pas qu'en enlevant l'obligation de retraite, on retarde l'accès aux prestations publiques à 70 ans d'un coup!» s'exclame Pauline Brassard.

«Si des gens qui aiment leur emploi et qui ne travaillent pas trop dur physiquement veulent continuer après 65 ans, c'est une chose. Mais des gens qui ont un travail plus usant n'ont pas nécessairement le goût de continuer plus longtemps. Et ils ont besoin de leurs prestations. Cela doit demeurer un choix», affirme Diane-Gabrielle Tremblay.

Pauline Brassard croit pour sa part qu'il serait bon de réfléchir à une hausse graduelle de l'âge fixé pour toucher aux prestations publiques.

«Dans les années 70, l'espérance de vie était de 72 ans. On disait aux retraités que ça leur faisait sept ans de repos bien mérité! Là, l'espérance de vie est rendue à 82 ans et on dit qu'un baby-boomer sur cinq sera centenaire. Ça commence à faire pas mal d'années à la retraite!»