La CSN en veut à Couche-Tard (T.ATD.B) et à son président. Mécontente d'une action de l'entreprise qu'elle juge antisyndicale dans le dossier de syndicalisation de ses dépanneurs, la CSN demande réparation.

Mis à jour le 30 mars 2011
Isabelle Massé LA PRESSE

C'est qu'un passage d'une vidéo de près de sept minutes adressée aux employés et diffusée par lesaffaires.com, le 11 mars dernier, a particulièrement irrité la CSN. Dans celui-ci, le président, Alain Bouchard, dit: «Un grand nombre de nos succursales ne pourraient pas soutenir l'augmentation importante des coûts reliés à un syndicat. Devant une telle augmentation, tous les scénarios devraient être envisagés.» Une plainte d'entrave, d'intimidation et de menaces pour activités syndicales, que La Presse Affaires a obtenue, a donc été déposée et envoyée à la direction de Couche-Tard lundi. Ce matin, la CSN tiendra une conférence de presse à ses locaux pour en dévoiler les points principaux.

Selon la centrale syndicale, «Alain Bouchard tient des propos non seulement antisyndicaux, mais qui constituent aussi clairement une tentative d'entrave, de menace et d'intimidation pour tous les salariés de Couche-Tard», peut-on lire dans la plainte.

La CSN en rajoute: «Cette vidéo constitue une tentative, tout aussi malicieuse qu'illégale, d'influencer le libre choix des salariés dans leur démarche de syndicalisation. (...) Le droit d'association est un droit protégé par la Charte québécoise des droits et libertés et le Code du travail.»

Conséquemment, la CSN ordonne notamment à Couche-Tard et à Alain Bouchard de «cesser toute entrave dans la campagne de syndicalisation en cours et de s'abstenir de proférer toute menace de quelque nature liée à la campagne de syndicalisation».

La Centrale syndicale réclame aussi de Couche-Tard et d'Alain Bouchard 5000$ en dommages exemplaires. «Ce n'est pas la première fois que je vois des plaintes dans le contexte d'une campagne de syndicalisation, explique Alain Barré, professeur en droit du travail au département des relations industrielles de l'Université Laval. Depuis le jugement de la Cour suprême dans l'affaire Walmart, la menace d'une fermeture d'entreprise est toujours considérée comme de l'intimidation. Dans ce cas-ci, le contexte d'autorité est présent. Les grandes questions maintenant sont: est-ce que ces propos en eux-mêmes sont de nature intimidante? Le message est-il clair?»

La diffusion de la vidéo et le dépôt de la plainte arrivent alors qu'un dépanneur vient de se syndiquer et que trois autres ont entrepris de le faire au Québec. La première action, ciblée sur le dépanneur montréalais à l'angle des rues Jean-Talon et d'Iberville, reste la plus médiatisée. Des dépanneurs de Saint-Liboire (le plus grand avec une trentaine d'employés), de Saint-Hubert et de Montréal (angle Saint-Denis et Beaubien) attendent une accréditation de la Commission des relations du travail (CRT).

D'ici deux semaines, la CSN devrait être convoquée par la CRT pour entendre la plainte.

La direction de Couche-Tard a préféré ne pas répondre aux questions de La Presse Affaires concernant la plainte pour le moment.