Si la guerre en Ukraine redéfinit l’ordre mondial, comme on le croit, beaucoup de pays hériteront de nouveaux ennemis et se mettront à la recherche de nouveaux amis pour assurer leur approvisionnement en ressources rares. Le Brésil se positionne au centre de ce nouveau terrain de jeu encore en chantier.

Publié le 16 mai
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Le plus important pays d’Amérique latine, et son économie en développement, suscite depuis longtemps l’intérêt des pays industrialisés. Le Brésil, immense territoire de 213 millions d’habitants, est un pays de ressources. Il est riche en pétrole, en céréales, en bois et en minerais de toutes sortes, notamment en nickel, un métal en voie de devenir aussi précieux que l’or dans les économies modernes.

Si les pays occidentaux rompent pour de bon leurs liens commerciaux avec la Russie, la Biélorussie et leurs amis, le Brésil augmentera encore son pouvoir de séduction économique.

Actuellement, le pays se débat avec des défis considérables à l’intérieur de ses frontières. L’inflation est à un niveau jamais vu depuis 20 ans, à plus de 12 %. La banque centrale combat cette hausse à coups de relèvements de son taux directeur, qui atteint maintenant 12,75 %, sans beaucoup de succès jusqu’à présent.

L’inflation fait des ravages dans le pays, et même les employés de la banque centrale du Brésil se sont mis en grève pour obtenir de meilleurs salaires.

La croissance économique a récupéré de la pandémie, mais la remontée des taux d’intérêt commence à asphyxier cette croissance. Le Fonds monétaire prévoit que le produit intérieur brut du Brésil augmentera de 0,8 % cette année et de 1,5 % l’an prochain, un niveau anémique pour un pays émergent qui devrait profiter de la hausse généralisée des prix des matières premières.

Ami ou ennemi

Le Brésil se prépare à grossir les rangs de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le club sélect des pays développés qui croient à l’économie de marché et aux valeurs démocratiques. Le pays attend dans l’antichambre de l’organisation depuis 2017.

L’arrivée du Brésil au sein de l’OCDE rend le pays encore plus important dans le nouvel ordre mondial qui se dessine.

Jusqu’à maintenant, le président actuel, Jair Bolsonaro, cultive l’ambivalence sur ses amitiés. Il est ami avec Vladimir Poutine, à qui il est allé rendre visite en Russie quelques jours seulement avant l’invasion de l’Ukraine. Il s’entendait bien avec Donald Trump, ce qui explique peut-être que l’administration Biden ignore le pays.

Le Brésil a quand même condamné l’agression russe devant les Nations unies, mais il s’est abstenu lors du vote pour exclure la Russie du Conseil des droits de l’homme.

L’élection présidentielle qui aura lieu à l’automne pourrait préciser les positions du Brésil. Ou pas.

Le principal adversaire du président actuel est l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, qui a dirigé le pays entre 2003 et 2010, et qui mène actuellement dans les sondages. Le candidat de gauche a beau avoir des idées opposées à celles du président de droite, il souffle lui aussi le chaud et le froid sur le conflit en Ukraine.

Selon lui, le président de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, les États-Unis et l’Europe sont aussi responsables que Poutine de la guerre en Ukraine. « Poutine n’aurait pas dû envahir l’Ukraine. Mais il n’y a pas que Poutine qui est coupable. Les États-Unis et l’Union européenne sont également coupables », a affirmé Lula dans une entrevue récente au magazine américain Time.

Le pays est conscient de sa valeur, et les pays occidentaux devront en tenir compte s’ils veulent s’en faire un véritable allié.

Le ministre de l’Économie du Brésil, Paulo Guedes, qui trouve que l’acceptation de son pays par l’OCDE prend du temps, le résume bien dans une phrase lancée lors de sa visite récente à Paris et rapportée par le quotidien Les Échos : « Si vous ne nous aidez pas, nous irons ailleurs. »

En savoir plus

  • 40,6 %
    Les plus récents sondages donnent une avance à l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva sur Jair Bolsonaro, qui récolte quant à lui 32 % des intentions de vote au premier tour de l’élection prévu le 2 octobre.
    Source : Reuters