(Ottawa) La guerre en Ukraine a forcé le gouvernement à revoir ses priorités. Comme plusieurs de ses alliés, le Canada est contraint de bonifier le budget alloué à la défense, mais il n’atteint pas l’objectif de 2 % du PIB fixé par l’OTAN.

Publié le 7 avril
Mylène Crête
Mylène Crête La Presse

« C’est évident que le danger le plus grave aujourd’hui, c’est la menace de Poutine », a affirmé la ministre des Finances, Chrystia Freeland, en conférence de presse. « À Boutcha, on a vu que c’est un régime qui est vraiment criminel. C’est un régime qui n’a aucune limite et c’est vraiment une menace pour toutes les démocraties du monde. »

Contrairement à l’Allemagne, le Canada n’atteint pas l’objectif de 2 % du produit intérieur brut (PIB) fixé par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Cela aurait requis des sommes annuelles d’environ 15 milliards jusqu’en 2026-2027, selon le ministère des Finances.

« On dépense plus pour la défense que ce qui était planifié avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, s’est défendue Mme Freeland. La situation dans le monde a changé, et c’est nécessaire de dépenser plus, mais c’est important de faire des dépenses de manière planifiée et de manière efficace. »

Combien ?

8 milliards sur cinq ans

En nouvelles dépenses militaires

Le budget prévoit plutôt 8 milliards supplémentaires sur cinq ans, ce qui porte le total alloué à la Défense nationale à 41 milliards. Le Canada fera ainsi passer sa contribution de 1,36 % à 1,5 % du PIB en 2026-2027. Il s’agit d’une bonification de moins de 2 milliards par année.

Une large part de cette somme, soit 6,1 milliards, servira à la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord et à l’appui de l’OTAN. Les sommes précises n’ont pas encore été déterminées puisqu’elles doivent faire l’objet de négociations avec les alliés du Canada, mais le budget précise qu’une part de cet argent servira à acheter de nouveaux équipements pour les Forces armées canadiennes et à investir dans la technologie dont elles ont besoin.

Le gouvernement entend mettre à jour sa politique de défense lancée en 2017 pour évaluer l’état des dépenses militaires, déterminer les besoins actuels du Canada. Mme Freeland a indiqué que cette révision serait axée sur l’« efficacité des dépenses » militaires.

Les conservateurs, qui réclamaient une hausse des dépenses de la défense, ont salué le geste du gouvernement. « Il faut voir si cela va vraiment arriver », a dit la cheffe intérimaire du Parti conservateur du Canada, Candice Bergen. « Nous allons surveiller si cet argent est réellement dépensé. »

« Ce que le budget présente est assez désolant », a réagi le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Il s’est dit d’accord avec une « augmentation progressive » pour amener les dépenses militaires à 2 % du PIB, bien qu’elle ne permettrait pas de faire le rattrapage nécessaire.

« On comprend que les Forces armées canadiennes sont un capharnaüm et peut-être qu’il y a lieu de faire un ménage dans l’écurie, mais est-ce qu’on va attendre trois, quatre ou cinq ans avant de devenir sérieux pour les investissements sous le prétexte que c’est le bordel dans la cabane ? », a-t-il ajouté.

Nouveau soutien à l’Ukraine

Le gouvernement prévoit 500 millions cette année pour fournir une nouvelle aide militaire à l’Ukraine. Cette somme s’ajoute aux 90 millions déjà consentis en équipement militaire létal et non létal.

Combien ?

1 milliard

En prêt à l’Ukraine pour que son gouvernement puisse continuer de fonctionner

Ottawa accorde également un nouveau prêt qui pourrait s’élever à 1 milliard pour que le gouvernement ukrainien puisse continuer de fonctionner durant la guerre. Ce prêt sera accordé par l’entremise d’un compte destiné à l’Ukraine au Fonds monétaire international. Le Canada, qui pilote cette initiative, espère convaincre d’autres pays d’offrir une contribution.

La somme s’ajoute aux deux autres prêts de 120 millions et de 500 millions déjà offerts au gouvernement ukrainien avant l’invasion russe.

Une nouvelle somme de 111 millions sur cinq ans est également prévue pour les deux programmes d’immigration créés pour les réfugiés ukrainiens. La plus grande part de cet argent sera dépensée au cours des deux prochaines années. Le gouvernement a créé l’Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine pour permettre aux réfugiés d’immigrer rapidement de façon temporaire. Il a aussi mis sur pied un volet de résidence permanente particulier pour les Ukrainiens qui ont déjà de la famille ici.