(Washington) Un défaut de paiement de la Russie aurait « un effet direct sur le reste du monde plutôt limité », a estimé mardi Gita Gopinath, la numéro 2 du Fonds monétaire international (FMI).

Publié le 22 mars
Agence France-Presse

Mme Gopinath a souligné que les montants des échéances de paiements que doit honorer Moscou « sont relativement faibles à l’échelle mondiale ».  

« Cela ne représente pas un risque systémique pour l’économie mondiale », a-t-elle ajouté, tout en soulignant que certaines banques ayant une exposition plus grande pourraient toutefois être affectées plus durement.

En dépit de lourdes sanctions contre Moscou depuis l’invasion de l’Ukraine, la Russie s’est acquittée de ses dettes.

JPMorgan a ainsi reçu un versement de 66 millions de dollars de la part de la banque centrale russe destiné à payer une tranche d’intérêts liés à des obligations, a confirmé mardi une source proche du dossier à l’AFP.

L’agence de notation S&P a récemment dégradé la note de la dette russe, de CCC- à CC, la plaçant désormais à deux crans de la note des pays en défaut de paiement.

Bien qu’un défaut de paiement aurait un impact économique limité, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva a en revanche souligné qu’il fallait s’attendre à des conséquences importantes de la guerre en Ukraine sur l’économie mondiale.

Le Fonds publiera ses prochaines prévisions actualisées le 19 avril, lors de ses réunions de printemps.

La guerre en Ukraine va conduire le FMI à réviser en baisse ses prévisions, et ce, plus fortement qu’il ne l’avait fait en janvier (-0,5 point à 4,4 %).

L’économie mondiale devrait rester « en territoire positif », mais un certain nombre de pays, à commencer par la Russie et l’Ukraine ainsi que les pays voisins directement affectés par le conflit seront en récession, a indiqué Mme Georgieva.

D’une manière plus générale, « l’impact très inquiétant est l’inflation », a-t-elle poursuivi. Le FMI s’attendait à ce que la pression sur les prix diminue au cours de l’année. Or, elle s’accentue.

Le conflit en Ukraine est aussi en train de faire évoluer le commerce international, a observé de son côté Gita Gopinath.

« Le commerce de l’énergie ne sera plus jamais le même après la guerre en Ukraine », a-t-elle souligné alors que les pays s’efforcent de couper leur dépendance à la Russie au profit notamment des États-Unis.

De plus, « nous sommes susceptibles de voir certains pays reconsidérer la part de certaines devises dans leurs réserves. La fragmentation est donc en effet une préoccupation importante », a-t-elle ajouté.

Interrogée sur le risque que la Russie utilise les cryptomonnaies pour échapper aux sanctions, elle a souligné que le FMI surveillait l’évolution de ces monnaies.

« Nous n’avons pas vraiment de vision claire sur le fait que cette guerre particulière ait déclenché une augmentation de l’utilisation des cryptomonnaies », a-t-elle dit.

Elle s’attend à ce que les évènements récents accélèrent l’examen des monnaies numériques par les banques centrales.

« Nous devons être particulièrement prudents sur la réglementation », a-t-elle indiqué, en expliquant qu’il fallait garantir que les nouvelles formes de monnaie numérique ne permettent pas leur mauvaise utilisation et un contournement des restrictions en particulier dans les économies émergentes et en développement.