(Washington) La banque centrale américaine a signalé son intention de relever dès mars ses taux directeurs, prenant acte des améliorations sur le front de l’emploi et d’une inflation élevée qui pourrait persister.

Mis à jour le 26 janvier
Julie CHABANAS et Delphine TOUITOU Agence France-Presse

Le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) « est d’avis d’augmenter les taux des fonds fédéraux lors de la réunion de mars, en supposant que les conditions soient appropriées pour le faire », a déclaré le président de l’institution, Jerome Powell, lors d’une conférence de presse, sans précision sur l’ampleur de cette hausse envisagée.

Ce commentaire inhabituellement précis est venu compléter le communiqué publié plus tôt, à l’issue de la réunion régulière de l’institution.  

La Fed avait indiqué qu’elle relèverait ses taux « bientôt », tout en ajoutant qu’elle mettrait fin à ses achats d’actifs-condition sine qua non pour relever les taux « début mars », soit juste avant sa prochaine réunion.

Et l’institution est,  a précisé M. Powell, prête à réduire « plus tôt » et « peut-être plus vite » qu’après la crise de 2008, son bilan, gonflé par deux années d’achats d’actifs. Autrement dit, les laisser atteindre leur maturité sans les renouveler.

Les taux directeurs avaient été abaissés dans une fourchette de 0 à 0,25 % en mars 2020 quand la pandémie de COVID-19 s’est propagée aux États-Unis plongeant l’économie dans le marasme. L’objectif était de soutenir la consommation.

Mais désormais, la priorité est de ralentir l’inflation. En remontant les taux, la Fed veut modérer la demande.

Si Jerome Powell mise sur un ralentissement de l’inflation en 2022, cela devrait cependant prendre du temps. Il a également mis en garde contre le « risque que l’inflation élevée se prolonge ». « Il y a un risque qu’elle accélère encore plus », a-t-il même estimé.

Réaction de Wall Street

Car les difficultés mondiales d’approvisionnement qui provoquent retards et pénuries et font grimper les prix, ne seront pas résolus d’ici à la fin de l’année, a-t-il jugé, même si des progrès devraient être « réalisés au cours du second semestre ».

La perspective d’une hausse des taux avait fait dévisser les marchés européens lundi et Wall Street avait plongé au plus bas depuis des mois.

Mercredi, le NASDAQ a d’abord grimpé de plus de 3 % avant une réaction plus modérée, et Wall Street a finalement terminé la séance en ordre dispersé.

Cette posture moins accommodante de la Fed faisait grimper le dollar face à l’euro, tombé au plus bas depuis six semaines à 1,1249 dollar pour un euro (-0,46 %) vers 20 h GMT.

L’annonce n’avait pourtant rien d’une surprise. La Fed avait damé le terrain lors de sa précédente réunion, mi-décembre, en annonçant qu’elle mettrait fin plus tôt que prévu à ses achats d’actifs.

Elle avait aussi, pour la première fois, cessé de qualifier de « temporaire » cette inflation.

Les prix ont grimpé de 7 % en 2021, leur rythme le plus rapide depuis 1982, selon l’indice CPI. La Fed privilégie un autre indicateur de l’inflation, l’indice PCE, dont les données pour 2021 seront publiées vendredi.

Dette des pays en développement

La Fed s’était jusqu’à présent montrée prudente sur les hausses, craignant que cela ne ralentisse trop brutalement la reprise économique et, par ricochet, le marché de l’emploi.

Mais ce dernier est désormais « très, très solide et mon sentiment profond est que nous pouvons augmenter les taux sans lui nuire gravement », a déclaré le président de la puissante Réserve fédérale.

Jerome Powell n’a cependant pas mentionné les inégalités persistantes sur ce front, et notamment un taux de chômage toujours bien plus élevé chez les Américains noirs. La Fed insistait pourtant régulièrement, au début de la reprise économique, sur le marché de l’emploi « inclusif » que ses responsables souhaitaient atteindre avant d’envisager de relever les taux.

« Les gains d’emplois ont été solides ces derniers mois et le taux de chômage a considérablement diminué », a relevé dans son communiqué la Fed, dont l’un des deux mandats est de favoriser le plein emploi.

Le pays a désormais presque renoué avec le plein emploi, le taux de chômage ayant chuté en décembre à 3,9 %, proche de son niveau d’avant la crise (3,5 %), avec une pénurie de main-d’œuvre qui place les salariés en position de force par rapport aux employeurs.

Relever les taux s’avère une tâche délicate puisque le risque est aussi de ralentir la croissance.

En outre, en dehors des États-Unis, une hausse des taux trop rapide pourrait pénaliser les pays émergents et en développement, dont la dette est libellée en dollars, avertit depuis des mois le Fonds monétaire international (FMI).