(Montréal) Les messages contradictoires du gouvernement fédéral au sujet de la vaccination obligatoire des camionneurs font des ravages dans la communauté des transports et pourraient nuire encore davantage aux chaînes d’approvisionnement, estime le patron d’une organisation canadienne de l’industrie.

Mis à jour le 14 janvier
Christopher Reynolds La Presse Canadienne

L’Agence des services frontaliers du Canada a annoncé mercredi que la vaccination obligatoire des camionneurs entrant au Canada en provenance des États-Unis n’entrerait pas en vigueur samedi comme prévu, mais Ottawa a fait marche arrière le lendemain, précisant que la règle serait finalement en vigueur à compter de samedi, comme annoncé en novembre.

La fin de l’exemption pour ces travailleurs signifie qu’ils doivent être entièrement vaccinés s’ils veulent éviter une quarantaine de deux semaines et un test de dépistage pour la COVID-19 avant leur arrivée.

Cependant, de nombreux chauffeurs — certains non-vaccinés — ont été dépêchés pendant la fenêtre de 20 heures au cours de laquelle l’annonce erronée a fait son chemin dans le secteur, a souligné l’Association canadienne du camionnage d’entreprise.

Ça a créé tout un désastre. Les gouvernements sont censés apporter clarté et calme, et ce qui s’est passé […] n’a engendré que chaos et confusion.

Mike Millian, président de l’Association canadienne du camionnage d’entreprise

Pour de nombreux chauffeurs, qui sont généralement payés au mile, la quarantaine se traduira par la perte d’un chèque de paie, a expliqué M. Millian, dont le conseil représente des entreprises avec des parcs internes comme Loblaws et Home Hardware, ainsi que celles qui apportent des livraisons d’oxygène aux hôpitaux canadiens.

« Nous sommes en faveur des vaccins. Mais le problème est que nous ne pouvons pas regarder les ordonnances de santé publique isolément », a-t-il fait valoir.

M. Millian affirme que les responsables gouvernementaux ont indiqué aux représentants de l’industrie, lors d’une réunion virtuelle vendredi après-midi, que les agents frontaliers seraient encouragés à faire preuve de discernement en imposant des amendes aux conducteurs de poids lourds qui n’auront pas pu effectuer un test de dépistage de la COVID-19 avant leur arrivée.

Les autorités frontalières traiteront avec « flexibilité » les camionneurs qui n’ont pas présenté de preuve de vaccination via l’application ou le portail Web ArriveCan, a déclaré Alexander Cohen, porte-parole du ministre de la Sécurité publique Marco Mendicino.

Mais la règle de quarantaine, elle, reste absolue, a ajouté M. Millian.

« Notre point de frustration est que vous faites payer les conducteurs et l’industrie pour une erreur commise par le gouvernement », a-t-il fait valoir.

Les représentants du gouvernement n’ont fourni aucune explication pour les informations incorrectes transmises par erreur aux médias mercredi soir.

PHOTO SEAN KILPATRICK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre fédéral de la Santé Jean-Yves Duclos

Le plan d’élargissement de la vaccination obligatoire aux camionneurs et autres travailleurs essentiels transfrontaliers « n’a pas changé », a affirmé jeudi, en fin d’après-midi, le ministre de la Santé Jean-Yves Duclos dans un communiqué conjoint avec les ministres des Transports et de la Sécurité publique.

« Nos équipes ont communiqué avec des représentants de l’industrie pour s’assurer qu’ils ont les bons renseignements », a indiqué Marjolaine Provost, porte-parole du ministre de la Santé Jean-Yves Duclos.

Les conducteurs de poids lourds américains non vaccinés seront également refoulés à la frontière à partir du 15 janvier, les États-Unis se préparant à imposer des restrictions similaires aux camionneurs canadiens le 22 janvier.

Environ 26  000 des 160  000 conducteurs qui effectuent régulièrement des trajets transfrontaliers seront mis à l’écart en raison de l’obligation vaccinale, ce qui ajoutera des goulots d’étranglement et entraînera des hausses de prix potentielles aux marchandises transportées, qui vont de la nourriture aux appareils médicaux, a souligné l’Alliance canadienne du camionnage et l’American Trucking Association.

Bien que les camionneurs de retour qui n’ont pas été vaccinés doivent se mettre en quarantaine « immédiatement » après avoir effectué leur livraison, cette définition est flexible.

« Un chauffeur peut livrer son chargement en Alberta, mais vivre en Ontario, il pourra donc séjourner dans des hôtels en cours de route tant qu’il respectera les directives locales », a déclaré M. Millian, citant la réunion de vendredi avec des fonctionnaires.

« Les responsables ont précisé qu’un lieu de quarantaine approprié n’inclut pas la cabine d’un camion et doit être effectué à une adresse vérifiable », note le site web de l’alliance du camionnage.

Les conservateurs fédéraux et les groupes commerciaux représentant les sociétés pétrolières, manufacturières et d’exportation ont demandé un report de la vaccination obligatoire des camionneurs, annoncée le 19 novembre.

Les professionnels de la santé encouragent la vaccination obligatoire dans tous les secteurs à long terme, alors que le variant Omicron du virus continue d’alimenter une nouvelle vague de cas de COVID-19.

« Sur le long terme, il y aurait un avantage net à maximiser la vaccination des personnes mobiles. Mais pour le moment, va-t-on voir une grande différence mesurable systématiquement ? Pas exactement », a expliqué la Dre Lynora Saxinger, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de l’Alberta.

Pendant ce temps, Heidi Boudreault, présidente de l’Association canadienne des armoires de cuisine, affirme que ses membres ont de la difficulté à trouver d’autres sources d’approvisionnement alors que les arriérés s’accumulent et que les goulots d’étranglement s’accentuent.

« Nous sommes également confrontés à des augmentations de prix, presque quotidiennement chez différents fournisseurs », a témoigné Mme Boudreault, propriétaire de Denca Cabinets, une entreprise établie à Calgary et fondée par ses parents en 1977.

Le coût des stratifiés a augmenté de 10 à 20 % au cours des deux dernières années, les produits du bois et les fournitures de peinture sont également plus chers, a-t-elle observé. Les composants pour les appareils de cuisine et les appareils de plomberie, que son entreprise vend également, sont de plus en plus difficiles à trouver.

« De toute évidence, les perturbations de la chaîne d’approvisionnement deviennent de plus en plus inquiétantes », a-t-elle conclu.