Le taux de chômage a continué de baisser, mais il y avait encore plus de 800 000 chômeurs au Canada en septembre, dont 261 700 au Québec où la pénurie de main-d’œuvre est criante. Comment expliquer ce paradoxe ?

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« Il y a toujours eu et il y aura toujours des déséquilibres sur le marché du travail, explique Mia Homsy, présidente-directrice générale de l’Institut du Québec, parce que la main-d’œuvre disponible ne correspond jamais exactement à l’offre d’emplois. »

Ce déséquilibre existait avant la pandémie et il s’est accentué avec la crise. « On peut l’expliquer par les mesures de soutien du gouvernement, mais aussi par le fait que la pandémie a incité plusieurs travailleurs à retourner aux études ou à changer de métier, ce qui a aggravé les pénuries dans certains secteurs », précise-t-elle. La fermeture des frontières, qui a privé les employeurs d’immigrants et d’étudiants étrangers, a aussi creusé l’écart.

L’économie canadienne a créé 157 000 emplois en septembre et a maintenant récupéré tous les emplois perdus depuis février 2020, a fait savoir Statistique Canada vendredi. Le taux de chômage est passé de 7,1 % à 6,9 %.

Au Québec, 31 000 emplois se sont ajoutés le mois dernier, et le taux de chômage a baissé de 0,1 %, à 5,7 %.

En examinant ces chiffres de plus près, la PDG de l’Institut du Québec note plusieurs signes positifs. Le chômage de longue durée a diminué en septembre pour la première fois depuis des mois. La croissance des salaires est en augmentation pour le troisième mois d’affilée (+ 3,7 % sur un an) et la part des travailleurs à temps partiel involontaires se trouve pour la première fois à un niveau plus faible que celui de février 2020.

Le marché est en train de se rééquilibrer, mais c’est un processus qui prend du temps. [...] Ce qui se passe actuellement était inconcevable il y a quelques années.

Mia Homsy, PDG de l’Institut du Québec

Ce qui s’est passé au cours des derniers mois a été un choc brutal pour les entreprises, particulièrement les PME, qui n’avaient jamais expérimenté rien de tel. Leur bassin de main-d’œuvre déjà restreint à cause du vieillissement de la population a encore diminué, et rapidement, pendant la pandémie.

Les employeurs commencent seulement à réagir, en voulant augmenter les salaires et améliorer leurs conditions de travail. Ces réactions ont tardé à venir, même si les pénuries de main-d’œuvre existent depuis longtemps. « Ça fait longtemps qu’on dit que l’automatisation est une solution pour réduire les besoins de main-d’œuvre, mais malgré les discours, on n’est pas en avance au Québec », constate Mia Homsy.

« Les entreprises devront en faire davantage, parce que c’est devenu une question de survie. »

Encore du progrès à faire

À 5,7 %, le taux de chômage enregistré le mois dernier au Québec est le plus bas depuis le début de la pandémie, mais il reste supérieur à celui d’avant que la crise frappe, qui était de 4,5 %. Certains des secteurs les plus touchés par les mesures de confinement ont poursuivi leur récupération en septembre. C’est le cas de celui de la culture et des loisirs, qui a profité de la reprise des festivals, et de celui du transport.

C’est la région métropolitaine de Québec qui affiche le taux de chômage le plus bas au Canada, avec 4,1 %. À Montréal, le taux de chômage était de 6,3 %, contre 6,6 % en août.

Du pain sur la planche pour la Banque du Canada

Le portrait du marché de l’emploi en septembre est meilleur que ce qu’avaient prévu les analystes. « En un mot : wow », ont commenté les économistes de la Banque Nationale. « Les détails du rapport sont très encourageants, car la croissance de l’emploi a été entièrement alimentée par les travailleurs à temps plein et a été généralisée, tant sur le plan sectoriel que sur le plan régional », écrivent Taylor Schleich et Alpa Atha dans une note.

Maintenant que l’emploi a retrouvé son niveau prépandémique, la Banque du Canada devrait être davantage disposée à continuer de réduire ses interventions dans le marché pour soutenir l’économie. « À notre avis, le progrès substantiel du marché du travail en septembre devrait conduire à l’annonce d’une autre réduction des interventions de la Banque du Canada le 27 octobre », prévoit Dominique Lapointe, économiste de la Banque Laurentienne. Mais une remontée des taux d’intérêt n’est pas dans les cartes avant la deuxième moitié de 2022, selon lui.

L’emploi déçoit aux États-Unis

Le taux de chômage a baissé de 5,2 % à 4,8 % en septembre aux États-Unis, mais l’économie a ajouté seulement 194 000 emplois, le nombre le plus faible depuis décembre. Les analystes s’attendaient à la création d’un nombre d’emplois deux fois plus élevé, alors que l’aide d’urgence du gouvernement vient de prendre fin. La baisse du taux de chômage s’explique par le nombre croissant de travailleurs qui ont quitté le marché du travail, selon le ministère américain du Travail. Contrairement au Canada, qui a récupéré tous les emplois perdus à cause la pandémie, il manque toujours 5 millions d’emplois aux États-Unis pour retrouver le niveau de février 2020. Mais comme au Canada, bon nombre d’entreprises peinent à trouver la main-d’œuvre dont elles ont besoin en raison des craintes que suscite toujours la COVID-19 dans les commerces, les restaurants et les bars.