La concurrence de plus en plus importante des casinos en ligne privés « préoccupe » Loto-Québec, qui compte riposter dans les prochaines semaines avec une nouvelle campagne médiatique.

Hugo Joncas
Hugo Joncas La Presse

« Les sites de jeux illégaux effectuent de nombreuses publicités dans différents médias, écrit le porte-parole Renaud Dugas dans un courriel à La Presse. Cette situation nous inquiète puisque ces sites (et les publicités qui les entourent) créent de la confusion chez les joueurs. »

Selon Loto-Québec, certains de leurs utilisateurs croient que ces plateformes font partie de son offre, alors que ce n’est pas le cas.

La société d’État dit travailler sur des « actions concrètes » pour rappeler aux joueurs que LotoQuebec.com est le seul site de casinos en ligne « qui est légal, sécuritaire, contrôlé et qui possède des mesures de jeu responsables parmi les meilleures de l’industrie ».

« Bien que Loto-Québec n’ait pas le pouvoir de légiférer, nous allons continuer de mettre tous les efforts afin de prendre notre place et de canaliser l’offre de jeux illégale vers notre site », ajoute Renaud Dugas.

Les chaînes de télé persistent

Les réseaux de télévision et leurs organismes d’« autoréglementation » ont un tout autre point de vue.

Pour eux, les entreprises de casinos en ligne illégaux peuvent bien annoncer, tant qu’elles ne publicisent pas les sites .com qui leur procurent leur pain et leur beurre, mais un deuxième site .net où l’internaute peut jouer sans frais.

« Les sites annoncés sont gratuits, donc ça ne contrevient pas au Code criminel », assure Patrick Tremblay, chef des communications chez Bell Média, actionnaire majoritaire de RDS. Pour la chaîne, qui diffuse des publicités de Bet99 et d’autres entreprises de casinos en ligne, c’est le seul critère.

Le porte-parole dit néanmoins comprendre que des téléspectateurs puissent être « dérangés » par les annonces des entreprises de casinos en ligne. « Ça ne fait pas l’unanimité, c’est certain », admet Patrick Tremblay.

Pas de commentaires de TVA…

Après nos articles sur les casinos virtuels illégaux, de nombreux lecteurs ont contacté La Presse pour demander pourquoi les réseaux diffusent leurs publicités. La plupart concernaient TVA Sports, puisque ce réseau diffuse les matchs du Canadien en français pendant les séries éliminatoires. Les téléspectateurs y sont inondés d’annonces de Bet99 avec Georges St-Pierre, notamment.

La chaîne n’a cependant pas rappelé La Presse pour répondre à nos questions.

… ni de la télé publique

CBC, la télévision publique, diffuse elle aussi des publicités de Bet99 à travers les matchs du Canadien en anglais. Le chef des relations publiques n’a toutefois pas répondu à nos questions non plus.

« Comme Sportsnet est le détenteur exclusif des droits pour la Ligue nationale de hockey au Canada et vend les publicités pour les matchs, vos questions devraient leur être envoyées », dit Chuck Thompson, chef des affaires publiques à CBC.

Chez Sportsnet, une filiale de Rogers Média, la directrice des communications assure que les annonces de casinos en ligne sont conformes aux normes de l’industrie.

Toutes les publicités sur Sportsnet à la télévision, y compris les sites de jeu gratuits comme Bet99.net, ont été approuvées par ThinkTV, en conformité avec leurs directives.

Sarah Grossman, directrice des communications de Sportsnet, dans un courriel à La Presse

ThinkTV est l’organisme que financent les grands réseaux de télévision pour s’« autoréglementer ». Il ne voit aucun problème à diffuser ces annonces.

« Nous approuvons seulement les publicités qui font la promotion de sites gratuits, où un utilisateur ne peut pas jouer avec du vrai argent, dit Catherine MacLeod, PDG de l’organisation. Comme vous le savez, ces sites ne sont pas illégaux en vertu du Code criminel. »

Mais les entreprises qui annoncent les sites .net tirent leurs revenus des pertes des joueurs dans leurs sites payants et illégaux. La Presse a voulu savoir si ThinkTV le prenait en compte et si l’organisme considérait qu’il a une quelconque responsabilité de protéger le public contre les dangers du jeu compulsif.

« Je n’ai aucun commentaire sur vos questions additionnelles », a simplement répondu Catherine MacLeod.

La Presse a aussi interrogé le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), censé réglementer les médias électroniques au pays. L’organisme renvoie toutefois nos questions sur les casinos en ligne aux Normes de la publicité, un autre organisme financé, lui, par les annonceurs, les médias et l’industrie de la publicité.

Ses réponses sont les mêmes que celles de ThinkTV.

« Nous faisons une distinction entre les publicités pour les sites .com qui sont payants et les .net ou les sites gratuits, dit Catherine Bate, chef des affaires juridiques et des politiques aux Normes de la publicité. Les jeux sociaux gratuits, qui ne sont pas des jeux de paris et des loteries payantes, ne seront habituellement pas interdits. »

Ces deux dernières années, aucune annonce n’a enfreint les directives de l’organisme, assure-t-elle. « Nous avons eu des plaintes, mais après analyse, aucune publicité n’a violé notre code. »

Avec la collaboration de Francis Vailles, La Presse