(Ottawa) Les effets négatifs de la pandémie sur la croissance de l’économie canadienne ne seront pas aussi prononcés que la Banque du Canada l’a d’abord craint, a souligné jeudi un sous-gouverneur de la banque centrale.

La Presse Canadienne

Selon Timothy Lane, cela s’explique par l’adoption rapide au pays d’outils numériques tels que la visioconférence pour le travail à distance et les applications de livraison de nourriture.

Le virage numérique devrait ainsi aider l’économie à se développer au sortir de la pandémie sans déclencher une poussée d’inflation. La croissance annuelle des prix à la consommation devrait osciller autour de 3,0 % cet été en raison des comparaisons avec les prix de la même période l’an dernier, qui étaient beaucoup plus bas, a indiqué M. Lane.

Dans le texte d’un discours prononcé jeudi pour la section de l’Ouest canadien d’Advocis, le sous-gouverneur a prévenu que la transformation numérique qui a soutenu l’économie posait également des défis aux entreprises qui luttent pour trouver des travailleurs qualifiés et aux travailleurs dont les emplois sont remplacés par la technologie.

Bon nombre des emplois susceptibles d’être supprimés sont également ceux qui ont déjà été les plus touchés pendant la pandémie, comme ceux dans le secteur de la vente au détail, majoritairement occupés par des femmes, des jeunes, des travailleurs à faible salaire et des personnes racisées.

Cela témoigne de la nécessité, pour les décideurs politiques, les entreprises et les écoles, de travailler ensemble pour préparer les étudiants à des emplois dans l’économie numérique, a estimé M. Lane.

« En plus d’avoir été très utile pendant la pandémie, la transformation numérique devrait aussi augmenter la productivité et donc le potentiel de croissance de notre économie à l’avenir », a affirmé le sous-gouverneur dans le texte de son discours.

« Mais cette transformation pose des défis, et il faut faire tout notre possible pour que les particuliers et les entreprises puissent en profiter pleinement. »

L’ampleur et la durée des mesures de politique monétaire qui seront nécessaires sont soumises à une incertitude « assez élevée », a rappelé M. Lane. Selon lui, le changement technologique qui accélère les changements structurels de l’économie fait également en sorte qu’il est plus difficile d’évaluer le potentiel qu’a l’économie de croître sans générer d’inflation.

La banque centrale n’a pas modifié son programme d’aide économique malgré des données sur la croissance du premier trimestre, qui s’est révélée inférieure aux projections faites par la Banque du Canada en avril. Elle a plutôt insisté sur le besoin de dépenses de consommation plus robustes parmi d’autres points de données témoignant d’une fondation économique plus résiliente.

Statistique Canada a indiqué la semaine dernière que le produit intérieur brut (PIB) réel avait augmenté à un taux annualisé de 5,6 % au premier trimestre. Les plus récentes perspectives de la banque centrale prévoyaient une croissance d’environ 7,0 % au premier trimestre et de 3,5 % au deuxième trimestre.

M. Lane assure que la banque s’attend toujours à ce que la croissance du trimestre en cours soit près de ses attentes, malgré la disparition de quelque 275 000 emplois au cours des deux derniers mois.

Il ajoute que ce revers devrait être temporaire, puisque les taux de vaccination augmentent, ce qui devrait entraîner un assouplissement des restrictions sanitaires.

La banque centrale a laissé son taux d’intérêt directeur inchangé à 0,25 % mercredi, tout en indiquant que ses achats d’obligations fédérales devraient se poursuivre à leur rythme actuel de 3 milliards par semaine.

La banque ne prévoit pas de modifier son taux directeur tant que l’économie ne se redressera pas, ce qu’elle s’attend pour l’instant à observer au second semestre de 2022.