(Washington) La campagne de vaccination accélérée, voulue par Joe Biden, commence à porter ses fruits sur l’économie : la reprise s’installe grâce à l’assouplissement des restrictions, et les créations d’emplois ont fleuri en mars, apportant un souffle d’« espoir », selon le président américain.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

L’hôte de la Maison-Blanche a toutefois appelé vendredi à ne pas « baisser la garde » face à la COVID-19.

S’élevant à 916 000, le nombre d’emplois créés le mois dernier est bien supérieur au consensus annoncé des analystes (627 000) et proche des estimations les plus optimistes (un million).

« Les chiffres publiés aujourd’hui sont une bonne nouvelle », a commenté Joe Biden lors d’une brève allocution depuis la Maison-Blanche.

« Il y a de l’espoir, enfin, pour de nombreuses familles », a-t-il ajouté.

« Mais nous avons encore un long chemin à parcourir pour remettre notre économie sur les rails après la pire crise économique depuis près d’un siècle », a-t-il cependant prévenu alors que le nombre d’emplois est toujours inférieur de 8,4 millions à celui du pic observé avant la pandémie.

À ce rythme-là, il faudra encore des mois avant un retour au niveau de début 2020.

De plus, la reprise est inégale, avec des minorités moins bien loties.

« Le rapport sur l’emploi de mars est une preuve irréfutable que, sous les démocrates du Congrès et le président Biden, l’aide est là », avait réagi plus tôt la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

« Plus de 100 millions de doses de vaccins ont été injectées, plus de 100 millions de chèques ont été envoyés », a-t-elle énuméré.

Ce sont les secteurs des loisirs, de l’hôtellerie et de la restauration, ceux-là mêmes qui avaient été terrassés il y a un an par la pandémie, qui ont dynamisé l’emploi (+280 000), selon les statistiques du département du Travail.

Le secteur de la construction, qui avait pâti du mauvais temps en février, a engrangé 110 000 nouveaux emplois.

De bon augure

Ces données de mars sont de bon augure, alors qu’elles ont été recueillies au début du mois, avant que la plupart des États n’élargissent l’accès aux vaccins contre la COVID-19 et avant que de nombreux Américains ne commencent à recevoir des chèques de 1400 dollars du gouvernement fédéral dans le cadre du dernier plan d’aide de 1900 milliards de dollars.

En d’autres termes, la croissance de l’emploi devrait être encore plus rapide en avril.

En mars, le taux de chômage est lui tombé à 6 % contre 6,2 %. Il a, certes, beaucoup baissé depuis le sommet atteint en avril 2020 (près de 15 %) mais il reste supérieur aux 3,5 % de février 2020, a relevé le ministère.

La baisse du chômage est aussi à interpréter avec prudence puisque ce taux ne tient pas compte des millions de personnes ayant quitté le marché du travail en raison notamment de la fermeture prolongée des écoles.

Le plus grand risque pour l’économie américaine reste la pandémie elle-même.

« Je vous en supplie : ne laissez pas les progrès accomplis au prix d’énormes efforts partir en fumée », a exhorté Joe Biden. « Nous devons finir le travail », a-t-il insisté.

Les cas de coronavirus augmentent à nouveau dans une partie du pays alors que de nombreux États ont rouvert restaurants, salles de cinéma, salles de sport et spas par exemple.

Le pays enregistre encore en moyenne 62 000 cas par jour.

Mais nombre d’économistes ne croient pas à la possibilité d’un nouveau ralentissement de l’emploi comme cela avait été le cas à l’automne avec une nouvelle vague d’infections.

Car la campagne de vaccination bat son plein : au cours de la semaine écoulée, en moyenne 2,9 millions d’injections de l’un des trois vaccins autorisés dans le pays ont été réalisées chaque jour.

Avec plus d’Américains vaccinés, l’activité du pays retrouve de la vitalité.

Le secteur du voyage devrait amorcer son décollage alors que les autorités sanitaires américaines ont donné leur feu vert vendredi aux voyages pour les personnes vaccinées, tout en maintenant le port du masque et la distanciation sociale.

Si la reprise s’installe, l’administration Biden a fort à faire pour réduire les inégalités.

Le taux de chômage des personnes noires a peu évolué en mars, à 9,6 % contre 5,4 % pour les blancs.

Le salaire horaire moyen a diminué, reflétant l’embauche de travailleurs à bas salaires.

Cette semaine, Joe Biden a promis la création de millions d’emplois « bien rémunérés », en dévoilant un plan d’investissements massifs dans les infrastructures de plus de 2000 milliards de dollars sur huit ans, qui doit toutefois encore être adopté par le Congrès.