L’année 2021 a mal commencé sur le marché de travail et le taux de chômage a bondi à 8,8 % au Québec, mais le portrait n’est pas aussi sombre qu’il n’en a l’air.

Publié le 6 févr. 2021
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Les emplois perdus le mois dernier (97 000 au Québec) sont concentrés dans les secteurs du commerce, de l’hébergement et de la restauration, souligne l’économiste de Desjardins Benoit Durocher. « Si on exclut ces secteurs qui sont les plus affectés par les mesures sanitaires, la récupération de l’emploi se poursuit », explique-t-il.

Il y a plusieurs signes encourageants, selon lui, dans l’Enquête sur la population active de janvier publiée vendredi par Statistique Canada. Le nombre d’emplois à temps plein continue d’augmenter et le nombre d’heures travaillées aussi.

Le nombre d’heures travaillées, qui est un bon indicateur de la santé du marché du travail, a augmenté de 0,9 % en janvier. « C’est une hausse généralisée dans tous les secteurs de production de biens, comme la fabrication, la construction, et l’agriculture », précise Benoit Durocher.

À la Banque Nationale, les économistes Matthieu Arseneau et Camille Baillargeon notent que l’emploi à temps plein a augmenté en janvier au Canada pour le neuvième mois d’affilée. « L’emploi à temps plein n’affiche plus qu’un écart négatif de 2,7 % par rapport à son niveau d’avant la pandémie », analysent-ils.

En décembre, le Canada avait perdu 52 700 emplois. En janvier, les pertes d’emplois s’élèvent à 212 800, un chiffre bien supérieur à celui qu’attendaient les analystes. Le taux de chômage a bondi de 8,9 % à 9,4 %.

Ces pertes d’emplois sont concentrées au Québec et en Ontario, où les mesures sanitaires ont dû être renforcées pour contrer la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus. Au Québec, les magasins sont fermés depuis le 25 décembre.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, l’économie québécoise a perdu 825 000 emplois entre les mois de février et avril 2020, et elle en a maintenant récupéré 70 %.

Des dommages temporaires et limités

Le « passage à vide » du marché du travail en janvier est probablement temporaire, selon les économistes de la Banque Nationale, parce que l’arrivée des vaccins redonne confiance aux entreprises.

La plupart des emplois perdus sont des emplois à temps partiel et à faible salaire, note de son côté Nathan Janzen, économiste principal de la Banque Royale. « Un nombre important de personnes qui perdent des emplois en bas de l’échelle, ce n’est pas une bonne nouvelle, dit-il, mais les programmes de soutien comme l’assurance-emploi et la Prestation canadienne de la relance économique leur assurent un minimum de 500 $ par semaine. »

Comme les pertes d’emplois sont temporaires, et que les programmes d’aide gouvernementale font plus que compenser les salaires perdus dans les secteurs les plus affectés par les restrictions sanitaires, l’impact de la hausse du taux de chômage sur la croissance économique sera limité.

« La forte baisse de la production que nous anticipions pour janvier ne sera peut-être pas aussi forte qu’on le pensait », dit Benoit Durocher.

Comme le nombre d’infections est à la baisse au Québec et en Ontario, les pertes d’emplois de janvier représentent probablement le sommet de l’impact de la deuxième vague, croit de son côté Liam Daly, économiste du Conference Board, et le marché du travail devrait reprendre du mieux en février.

La prochaine enquête mensuelle de Statistique Canada aura lieu du 14 au 20 février, et devrait refléter la réouverture des commerces non essentiels au Québec et en Ontario, de même que la réouverture des restaurants dans les régions moins touchées par la pandémie.

L’emploi augmente un peu aux États-Unis

PHOTO MARK J. TERRILL, ASSOCIATED PRESS

L’économie américaine a créé 49 000 emplois en janvier, un progrès modeste qui indique que la pandémie fait toujours des ravages dans le pays.

L’économie américaine a créé 49 000 emplois en janvier, un progrès modeste qui indique que la pandémie fait toujours des ravages dans le pays. En décembre, la récupération du marché du travail s’était brusquement arrêtée aux États-Unis, avec une perte de 227 000 emplois, la première depuis le mois d’avril.

Le taux de chômage a baissé, de 6,7 % en décembre à 6,3 % en janvier, selon le département américain du Travail.

Les chiffres de l’emploi en janvier auraient été négatifs sans un ajustement technique des statistiques qui a ajouté 80 000 emplois temporaires au bilan du mois.

Comme au Canada, les secteurs des services, comme les restaurants, les bars et les hôtels, de même que les magasins, ont réduit leur effectif en janvier.

— Avec l’Associated Press