(Washington) La Banque centrale américaine (Fed) a sorti sa boîte à outils, et n’a pas prévu de la ranger de sitôt. Aucun changement de cap n’est attendu après sa première réunion monétaire de l’année, mais ses commentaires sur la solidité de l’économie, l’inflation et la nouvelle administration seront scrutés.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

Les membres du comité monétaire ont repris leur réunion mercredi matin à 9 h (14 h GMT) « comme prévu », selon une porte-parole de la Fed. Ils l’avaient entamée mardi midi, et l’achèveront mercredi en toute fin de matinée.

Cette première réunion de 2021 est aussi la première depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche il y a tout juste une semaine, ce qui devrait marquer un retour à des relations plus classiques avec le pouvoir en place. La puissante Réserve fédérale, pendant les quatre années de la présidence de Donald Trump, avait dû batailler pour conserver son indépendance, face aux intrusions fréquentes du président.

D’autant plus que la Fed devrait trouver une alliée auprès de la nouvelle secrétaire au Trésor, Janet Yellen, qui est aussi son ancienne présidente.  

À l’issue de la réunion mercredi, un communiqué de presse doit être publié à 14 h, avant l’habituelle conférence de presse du président Jerome Powell une demi-heure plus tard.

Retour de l’inflation ?

« Il serait stupéfiant que la Fed dise autre chose que ce qui a déjà été dit au sujet de maintenir une politique accommodante afin que l’économie puisse se redresser », a indiqué JJ Kinahan, analyste pour Ameritrade, évoquant également les éventuels commentaires sur « une possible inflation ».

Un terme qui fait son retour dans le vocabulaire économique après des années d’absence. Le mini boom économique attendu au printemps ou à l’été à la faveur d’une large vaccination de la population américaine, pourrait en effet faire grimper temporairement les prix.

L’inflation pourrait poser un dilemme pour la Fed, qui a répété depuis des mois ne pas envisager une normalisation à court terme de sa politique monétaire.

Les taux ont vocation à rester à zéro sans doute jusqu’à ce que la première économie du monde se soit relevée.

Les observateurs s’interrogent toutefois sur le programme d’achats d’actifs de 120 milliards de dollars par mois, qui a inondé les marchés financiers de liquidités depuis mi-mars dernier poussant les indices boursiers à des records malgré la pandémie de COVID-19.

Les regards seront par conséquent tournés vers les commentaires de M. Powell lors de la conférence de presse.

Le plan d’urgence de 1900 milliards de dollars proposé par Joe Biden, et déjà largement défendu par Janet Yellen, devrait, s’il est adopté au Congrès, apporter un peu d’optimisme pour les mois à venir, qui s’annoncent difficiles en attendant une large diffusion du vaccin contre la COVID-19.

Croissance au petit trot ?

Jerome Powell et d’autres responsables de la Fed, à l’instar d’une majorité d’économistes, alertent depuis des mois sur la nécessité d’injecter de nouveau de l’argent dans l’économie, tant en direction des ménages que des entreprises.

« Jerome Powell devrait soutenir un stimulus budgétaire de façon générale, tout en évitant d’être plus précis sur les montants », anticipe Steve Englander, économiste pour Standard Chartered.

Si tant Janet Yellen que Jerome Powell estiment que des aides supplémentaires sont nécessaires, « cela mettra la pression sur les sénateurs républicains pour qu’ils tempèrent leur opposition » à une enveloppe qu’ils jugent un peu trop grosse, souligne-t-il.

Le président de la Fed devrait aussi être interrogé sur les conséquences économiques du déploiement des vaccins, ainsi que sur les inquiétudes liées au variant anglais de la COVID-19, qui poussent de nombreux pays à limiter de nouveau les déplacements.

La réunion se conclut à la veille de la publication du PIB des États-Unis pour le quatrième trimestre 2020. La croissance, qui avait enregistré un plongeon historique au deuxième trimestre, puis un rebond tout autant historique au troisième, devrait marquer le pas.