Le monde semble avoir redécouvert récemment les vertus des terres rares, un groupe de minéraux qui entrent dans la fabrication d’une foule de produits. C’est peut-être parce qu’on leur a mis de nouveaux habits.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les terres rares se présentent maintenant comme des minéraux stratégiques qui peuvent servir à fabriquer des produits écologiques et contribuer de façon positive à l’amélioration de notre environnement.

En fait, les terres rares sont utilisées à grande échelle depuis les années 1950 et elles servent à toutes sortes de choses, dont la plupart ne méritent pas d’étiquette verte. Les raffineurs de pétrole, par exemple, sont parmi les principaux utilisateurs d’éléments de terres rares, tout comme les fabricants d’écrans de téléviseurs et d’ordinateurs ainsi que tout le secteur de la métallurgie.

Les technologies vertes, notamment les éoliennes et les capteurs solaires, en ont besoin, mais aussi les fabricants d’armes et les constructeurs de gros VUS. La demande pour certains des 17 minéraux qui composent la famille des terres rares est en forte croissance. Le marché total est estimé à 1 milliard de dollars, ce qui est plutôt modeste, mais il devrait doubler d’ici 2030.

C’est assez pour que beaucoup de pays s’inquiètent du fait que la Chine contrôle le marché des terres rares.

Pas rares du tout

En réalité, les terres rares ne sont pas rares du tout. Il y en a partout dans le monde. Même le mont Royal et les Montérégiennes en contiennent, selon le géologue Michel Jébrak, de l’Université du Québec à Montréal.

Plus un pays a une grande superficie, plus son potentiel de recéler des terres rares est important. Le Canada est considéré comme une des grandes réserves de terres rares dans le monde.

Si la Chine contrôle aujourd’hui ce marché, c’est entre autres parce qu’il s’agit d’une activité minière extrêmement polluante dont beaucoup de pays ne voudraient pas chez eux.

Les éléments de terres rares se retrouvent partout, mais en très petites concentrations. Il faut déplacer beaucoup de terre pour les extraire, et les concentrer ensuite avec des procédés chimiques très polluants, qui utilisent beaucoup d’eau et d’énergie. Il faut gérer les importants résidus et les éléments radioactifs qu’ils contiennent. Bref, c’est un désastre sur le plan environnemental.

Les États-Unis ont longtemps été le premier producteur mondial de terres rares avec la mine de Mountain Pass, en Californie. Ces installations ont cessé de produire en 1998 pour des raisons environnementales, mais aussi parce que la valeur des terres rares avait baissé avec l’arrivée de la Chine dans le marché.

La mine de Mountain Pass a repris ses activités sous une nouvelle administration, mais son minerai est envoyé en Chine, où se fait l’affinage, une activité encore plus polluante que l’extraction du minerai.

Avec l’augmentation de la demande en terres rares, d’autres pays se sont lancés dans l’extraction. L’Australie, la Russie et la Malaisie en produisent, ce qui a réduit la part de marché de la Chine de 97,7 % à 62,9 % depuis 10 ans dans l’extraction du minerai.

Mais le pays de Xi Jinping reste, et de loin, le principal producteur de produits affinés destinés à être utilisés par l’industrie, avec 80 % du marché. C’est plus qu’assez pour servir de levier politique et économique, et la Chine ne s’est pas privée de le faire. Le pays a déjà imposé des quotas à l’exportation de terres rares, ce qui a conduit tous les pays industrialisés à chercher des moyens de trouver d’autres sources d’approvisionnement.

L’ex-administration américaine, engagée dans une guerre commerciale avec la Chine, a réagi en ajoutant les terres rares à sa liste des minéraux critiques et stratégiques dont la production intérieure doit augmenter pour assurer la sécurité nationale. Une entente de collaboration a été conclue avec le Canada pour développer une production nord-américaine de ces substances auxquelles s’ajoutent le lithium, le graphite et le cobalt, qui ne sont pas des terres rares, mais qui sont sur cette liste de minéraux critiques et stratégiques.

Le Québec a embarqué avec enthousiasme dans ce projet. C’est l’avenir de l’industrie minière, dit-on partout maintenant.

Actuellement, il n’y a aucune production de terres rares au Québec et au Canada. L’idée est qu’une production locale, encadrée par des lois environnementales plus strictes, serait plus écologique que la production chinoise. Peut-être bien, mais ça reste à voir. Les risques, tant environnementaux que commerciaux, sont élevés.