Pas de festivals, pas de touristes et peut-être pas de travailleurs dans les tours de bureaux, c’est la trilogie d’enfer qui attend les propriétaires de boutiques du centre-ville. Ceux qui ont pignon sur rue pourront rouvrir à compter de lundi. Ouvrir, mais pour qui ?

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Le sous-comité sur la vitalité commerciale du centre-ville piloté par Monique Simard, du Quartier des spectacles, et Michel Leblanc, de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, doit produire un plan d’action la semaine prochaine concernant les mesures à mettre en œuvre dans le respect des règles sanitaires dans la perspective du maintien, du moins en partie, du télétravail.

Ce sous-comité découle de l’initiative de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a mis en place cette semaine un comité de relance tout étoile auquel siègent entre autres Guy Cormier, du Mouvement Desjardins; Christiane Germain, du Groupe Germain; Yves Lalumière, de Tourisme Montréal; Michel Leblanc, président-directeur général de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain; Hicham Ratnani, cofondateur de Frank and Oak ; Monique Simard, présidente du conseil du Quartier des spectacles; Kim Thomassin, de la Caisse de dépôt et placement du Québec; et Louis Vachon, de la Banque Nationale.

« Notre objectif est de créer une animation au centre-ville dans les prochaines semaines », résume au bout du fil M. Leblanc.

Le sous-comité entend aussi recommander au gouvernement fédéral de créer un programme spécial destiné aux commerçants des centres-villes des villes canadiennes. Tous sont aux prises avec la désaffection des touristes et des travailleurs de bureaux.

Cette suggestion fait toutefois sursauter la professeure de l’UQAM Danielle Pilette, versée dans les questions urbaines. Selon elle, les enjeux de la rue Sainte-Catherine ne sont assez différents de ceux des artères commerciales de quartier pour justifier un plan d’aide spécifique.

La rue Sainte-Catherine a entamé sa transition de rue de destination à une rue de services de proximité à l’intention des résidants du centre-ville, toujours plus nombreux.

Danielle Pilette

Mme Pilette reconnaît que les prochains mois s’annoncent pénibles pour les bars et restaurants, mais selon elle, les boutiques et magasins s’en sortiront mieux.

« À court terme, les magasins sur Sainte-Catherine profiteront de la fermeture prolongée des galeries marchandes souterraines », indique pour sa part Jean-François Grenier, expert en recherche commerciale de la firme Altus. Il ne minimise cependant pas l’ampleur du défi qui se pose aux commerçants du centre-ville dans les prochains mois.

« D’après nos études, qui datent de quelques années déjà, jusqu’à 60 % ou 65 % des dépenses dans les magasins du centre-ville sont faites par les touristes et les travailleurs des tours de bureaux », souligne-t-il.

Place à l’audace

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Le coin des rues Sainte-Catherine et Peel, normalement fréquenté par de nombreux consommateurs.

Il faudra faire preuve de créativité et inviter les Montréalais à redécouvrir leur ville, dit Christian Savard, directeur général de l’organisme Vivre en ville.

Parmi les suggestions retenues jusqu’à présent par la Ville : rendre la rue Sainte-Catherine piétonne les fins de semaine et la réduire à une voie de circulation la semaine pour donner de l’espace aux commerçants et aux visiteurs.

De son côté, l’arrondissement de Ville-Marie a suspendu les frais d’occupation du domaine public des terrasses. Celles-ci pourront être 50 % plus vastes sur les rues piétonnes.

De plus, la Ville et l’arrondissement de Ville-Marie appuient financièrement Destination Centre-Ville. Le comité exécutif a d’ailleurs voté cette semaine une contribution de 145 000 $ à la société de développement commercial en prévision de la reprise.

Christian Savard aimerait voir les restaurateurs de la métropole s’équiper de camions de cuisine de rue pour aller à la rencontre des clients. « Si j’étais la Ville, j’achèterai des centaines de parasols géants pour transformer le centre-ville en une immense terrasse », fait-il savoir.