Il n’y a pas de manuel d’instructions pour aider le prochain gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, à sortir le pays de la profonde récession qui l’attend.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le successeur de Stephen Poloz a toutefois l’avantage d’avoir vu neiger. « En choisissant Tiff Macklem, le Canada vient de se rendre service pour traverser la crise actuelle », affirme Clément Gignac, vice-président et économiste en chef d’iA Groupe financier, qui avait parié avec ses collègues sur cette nomination.

« La nomination de Tiff Macklem est une excellente nouvelle, renchérit Miville Tremblay, un ancien cadre de la Banque du Canada, qui a travaillé avec lui. Il a joué un rôle clé dans la gestion de la grande crise financière d’il y a 12 ans, lorsqu’il était sous-ministre délégué aux Finances, notamment dans le sauvetage de GM et de Chrysler. »

C’est un leader naturel, qui écoute et qui inspire confiance.

Miville Tremblay, ancien cadre de la Banque du CanadaTiff Macklem était le patron de Clément Gignac au ministère des Finances lors de

Tiff Macklem était le patron de Clément Gignac au ministère des Finances lors de la crise financière.

« Il connaît autant les outils du côté budgétaire et fiscal que ceux du côté monétaire, dit-il, ce qui est un grand atout actuellement. Il a prouvé qu’il est aussi capable de penser outside the box et de forger de nouveaux outils. »

Cette expertise sera mise à l’épreuve rapidement, selon Clément Gignac, parce que la banque centrale, qui intervient déjà plus que jamais pour soutenir l’économie, devra probablement en faire davantage. Les compagnies aériennes canadiennes, notamment, auront besoin d’aide.

« Est-ce que la banque centrale devra aller aussi loin que la Réserve fédérale [des États-Unis] et investir directement dans les entreprises ? », s’interroge-t-il.

Un retour

Richard Tiffany Macklem, 58 ans, né à Montréal, revient à la Banque du Canada comme gouverneur après y avoir passé quatre années comme premier sous-gouverneur, de 2010 à 2014. Sa signature apparaît toujours, avec celle de Mark Carney, gouverneur à l’époque, sur les billets de banque encore en circulation émis pendant cette période.

Il avait été pressenti pour succéder à M. Carney, mais le ministre des Finances lui avait préféré un candidat de l’extérieur, Stephen Poloz, alors président d’Exportation et Développement Canada.

Un an plus tard, il avait quitté la banque pour devenir doyen de la faculté de gestion de l’Université de Toronto.

Tiff Macklem a été préféré à Carolyn Wilkins, l’actuelle numéro deux de la banque, qui était considérée comme favorite pour succéder à M. Poloz. Si elle décidait de partir, « ce serait une grande perte pour la Banque du Canada », estime Clément Gignac.

Depuis près de 20 ans, aucun de ceux qui ont occupé le poste de numéro deux n’a accédé directement au poste de gouverneur.

En conférence de presse vendredi avec le ministre des Finances, Bill Morneau, le prochain gouverneur est resté prudent sur son évaluation de la situation actuelle. « La Banque du Canada a un seul gouverneur à la fois et jusqu’au 3 juin, c’est Stephen Poloz », a-t-il dit lors de la période de questions qui a suivi l’annonce de sa nomination. Il a néanmoins indiqué qu’il n’était pas un partisan des taux d’intérêt négatifs, tout comme Stephen Poloz.

L’économiste principal de la Banque Royale, Josh Nye, a souligné vendredi que M. Macklem aurait la responsabilité du retour à la normale de l’économie, une fois que le pire de la crise du coronavirus serait passé.

La tâche sera considérable, selon lui, étant donné que les achats massifs d’actifs que la Banque du Canada réalise depuis le début de la crise ont fait gonfler son bilan à un niveau sans précédent. Le bilan de la banque centrale a été multiplié par trois depuis la mi-mars et s’élève actuellement à 348,5 milliards.

La Banque du Canada achète sur les marchés financiers des titres de dette des gouvernements fédéral et provinciaux, de même que des obligations d’entreprises pour faciliter l’accès au crédit. Ces actifs doivent être revendus sur les marchés une fois la crise passée et l’appétit des investisseurs revenu.