En quelques jours, le Québec est passé d’une pénurie de main-d’œuvre à un taux de chômage parmi les plus élevés au Canada, après avoir encaissé en mars sa plus importante perte d’emplois depuis qu’on compile ces statistiques.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le portrait mensuel du marché de travail de Statistique Canada s’annonçait mauvais, mais il est encore pire que prévu. Plus de 1 million d’emplois ont été victimes de l’épidémie de coronavirus au Canada. Il s’agit d’un recul plus prononcé que ceux observés au cours des trois dernières récessions depuis 1980.

Le taux de chômage du Canada est passé de 5,6 à 7,8 %. Au Québec, le taux de chômage a bondi de 4,5 à 8,1 %, la plus forte hausse enregistrée au Canada.

Plus confiné, et depuis plus longtemps, le Québec paie au prix fort la paralysie de son économie. Les pertes d’emplois sont plus importantes au Québec (- 6 %) qu’en Ontario (- 5,3 %), en Alberta (-5 %) ou en Colombie-Britannique (- 5,2 %).

« Ça s’explique par le fait que le Québec compte beaucoup de restaurants et de bars, et aussi que les mesures de confinement sont venues plus tôt », a commenté Jean-Guy Côté, directeur associé de l’Institut du Québec.

La réalité est probablement pire que les chiffres ne l’indiquent, selon lui, parce qu’un nombre important de travailleurs qui attendent le rappel de leur employeur, et qui ne sont pas dans les statistiques, pourraient ne jamais être réembauchés. Ils viendront prochainement gonfler les rangs des chômeurs, prévoit Jean-Guy Côté.

Pire pour les plus vulnérables

Les prochaines données de Statistique Canada, qui seront publiées au début de mai, seront encore plus dévastatrices parce qu’elles prendront en compte le plein effet des mesures de confinement imposées depuis la fin du mois de mars et qui se poursuivront tout le mois d’avril.

Il faut s’attendre à ce que le mois d’avril se solde par une autre perte d’emplois colossale.

Benoit Durocher, économiste de Desjardins

Le taux de chômage au Québec devrait facilement dépasser les 10 % le mois prochain, un niveau qu’il avait atteint la dernière fois en août 2003.

Jusqu’à maintenant, les pertes d’emplois touchent davantage les employés à temps partiel, les jeunes et les femmes, souligne de son côté Hélène Bégin, économiste de Desjardins. « Ce sont eux qui sont surreprésentés dans le secteur de l’hébergement et de la restauration, et c’est aussi là que la rémunération est généralement moins élevée », dit-elle.

Chez les professionnels, les techniciens et les autres métiers où le télétravail est possible, les pertes d’emplois ont été beaucoup plus limitées malgré les mesures de confinement.

Le secteur de l’information, des loisirs et de la culture est aussi durement éprouvé, avec une perte de 26 000 emplois depuis le mois dernier.

Pire qu’aux États-Unis

La perte de 1 million d’emplois au Canada est deux fois plus importante que ne l’avaient prévu plusieurs analystes. En quelques jours, « le Canada a effacé 40 mois de gains d’emplois », souligne de son côté l’économiste de la Banque TD, Brian DePratto.

Le pire est à venir, selon lui, si on se fie aux informations voulant que 4 millions de Canadiens aient réclamé des prestations d’assurance-emploi et la Prestation canadienne d’urgence.

Toutes proportions gardées, les pertes d’emplois comptabilisées au Canada en mars, 1,1 million, sont trois fois plus importantes que les 3 millions d’emplois perdus pendant la même période aux États-Unis, a estimé Derek Holt, de la Banque Scotia.

Cette hécatombe sur le marché du travail « confirme ce que tout le monde craignait, à savoir que le Canada se trouve maintenant dans une situation de profonde récession », estime Krishen Rangasamy, économiste principal de la Banque Nationale.

Comme nombre de ses collègues, il estime que de nouvelles mesures de soutien de la part de la Banque du Canada et du gouvernement fédéral seront nécessaires pour soutenir l’économie.