Sans cérémonie, contexte oblige, un premier navire a traversé l’écluse de Saint-Lambert mercredi matin, marquant ainsi la réouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent. Malgré la crise actuelle, l’industrie maritime n’a encore subi à peu près aucun ralentissement.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Les gens à qui je parle, dans le moment ils sont prêts à fonctionner à pleine opération, confie Terence Bowles, président et chef de la direction de la Voie maritime. Le gouvernement nous a désignés comme un service essentiel et tout démontre que c’est bien le cas. »

En témoigne l’importante file de 21 navires — 16 en aval, 5 en amont —qui attendaient déjà, mardi après-midi, l’ouverture de la Voie le lendemain. Il faut dire que cette réouverture est survenue quelques jours plus tard qu’à l’habitude, malgré que la faible quantité de glace aurait en théorie pu lui permettre d’ouvrir plus tôt.

La décision d’ouvrir plus tard a été prise après des discussions avec la Commission mixte

Internationale (Canada et États-Unis), chargée de gérer les eaux du bassin des Grands Lacs. Elle a permis de garder un débit d’eau élevé pendant plus longtemps dans la Voie et d’ainsi abaisser le niveau d’eau du Lac Ontario, jugé préoccupant.

Pas de ralentissement… encore

« Jusqu’à présent, on n’a pas de grosse baisse de nos clients », affirme Louis Martel, président de Canada Steamship Lines (CSL), dont le Baie-Saint-Paul a été le premier à franchir l’écluse de Saint-Lambert.

« Il faut dire que nous transportons beaucoup de matières premières. Il y a souvent un délai avant que nos clients ralentissent puis que ça nous affecte à notre tour. Je ne serais pas surpris que ça arrive d’ici deux ou trois semaines. »

« Il faut dire que nos contrats sont généralement signés longtemps d’avance », ajoute Nicole Trépanier, directrice des relations externes de Fednav, un autre important armateur québécois.

L’activité liée à l’exportation du grain canadien récolté l’automne dernier et entreposé dans des élévateurs ontariens depuis constitue l’une des grandes sources de volume, qui ne devrait pas être appelée à diminuer à court terme, au contraire. En revanche, un certain ralentissement est à prévoir, voire déjà perceptible, dans des produits comme l’acier et les produits pétroliers raffinés.

« Le kérosène pour les avions, on comprend qu’il n’y en aura pas beaucoup », résume Patrice Caron, du Syndicat international des marins canadiens.

Son syndicat a d’ailleurs travaillé de concert avec les armateurs pour assurer des conditions de travail sécuritaires en période de pandémie.

« C’est sûr que pour eux c’est pécuniaire, mais pour les marins aussi, on s’entend », note-t-il.

L’avantage des navires est qu’une fois au large et « sains », ils sont isolés, explique M. Martel. L’inconvénient, c’est qu’une contamination peut se propager très rapidement et mettre hors d’état de fonctionner un équipage complet.

Des procédures spéciales ont été mises en place pour les changements d’équipage et des opérations comme l’accueil à bord des pilotes du Saint-Laurent. Ces derniers sont confinés à la timonerie, où ils sont invités à toucher au moins de choses possible. L’endroit est désinfecté après leur départ.

Des emménagements ont aussi été pris avec certains équipages pour qu’ils prolongent leurs séjours à bord. Ces demandes sont plutôt bien accueillies par les marins notent MM. Hébert et Caron.

« Une fois qu’ils ont fait 14 jours à bord et qu’il n’y a pas de maladie, les marins ne veulent plus personne à bord, et parfois ne veulent même pas débarquer », explique M. Caron.