(Ottawa) Les maires des grandes villes canadiennes ont pressé les partis d’opposition à Ottawa d’éviter les « jeux politiques » dans la ratification du nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

Ils faisaient ainsi écho aux propos du premier ministre Justin Trudeau, qui a durci le ton à l’endroit de l’opposition conservatrice.

La veille, lors d’une rencontre de comité, les conservateurs ont proposé d’allonger le temps alloué pour étudier l’Accord Canada–États-Unis-Mexique (ACEUM) jusqu’au mois d’avril. Ce délai aurait pour effet de retarder la ratification finale de l’ACEUM.

Le comité a finalement décidé de prendre l’affaire en délibéré et de statuer à sa prochaine rencontre.

M. Trudeau a mentionné cet épisode d’entrée de jeu lors d’une rencontre avec le caucus des maires des grandes villes de la Fédération canadienne des municipalités (FCM) à Ottawa, jeudi matin. Il était accompagné pour l’occasion de la vice-première ministre Chrystia Freeland, qui a négocié l’ACEUM.

« J’aimerais souligner qu’il y aurait certains messages qui pourraient être transmis à certains partis qui pourraient jouer à des jeux dangereux en retardant le nouvel ALENA. Il y a eu une tentative ratée hier par certains conservateurs en comité. Ceux d’entre vous qui pourraient transmettre un message à certains des députés conservateurs avec qui vous travaillez, ce serait apprécié », a-t-il lancé d’un ton grave, en anglais seulement.

À la sortie de la rencontre, les maires des grandes villes ont demandé d’une seule voix d’adopter l’ACEUM sans délai.

« Le Parlement canadien ne peut absolument pas se traîner les pieds de quelconque façon sur la ratification de l’ALENA », a déclaré Don Iveson, maire d’Edmonton et président du caucus des maires des grandes villes de la FCM, ajoutant que tout délai inutile serait « inacceptable » pour la communauté d’affaires et les exportateurs au pays.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a rappelé que les municipalités ont été sur la « ligne de front » pour renégocier cet accord que le président Donald Trump menaçait de déchirer. Maintenant que l’accord est signé et ratifié par les États-Unis et le Mexique, « ce n’est pas le temps de faire de la politique à ce moment-ci ».

« Le développement économique, ça se passe chez nous, sur notre territoire, dans nos quartiers industriels. On veut des “jobs” pour notre monde », a-t-elle plaidé.

M. Iveson a ajouté que la ratification du nouvel accord ne peut pas devenir une « patate chaude » à l’approche des présidentielles américaines.

Les conservateurs, eux, ne voient pas de mal à prendre le temps de bien faire les choses.

« Sincèrement, il n’y a aucune volonté de notre côté de retarder le processus. On sait que cet (accord) est important, mais ça ne nous enlève pas notre obligation de faire notre travail de parlementaire », a répliqué le député Alain Rayes.

Libéraux, conservateurs, néo-démocrates et verts ont voté en faveur du projet de loi sur la ratification de l’ACEUM en deuxième lecture jeudi. Seul le Bloc québécois s’y est opposé, en raison de craintes pour l’industrie québécoise de l’aluminium.