L’économie canadienne continue de montrer des signes de faiblesse en ce début d’année, s’inquiète la Banque du Canada, qui maintient toutefois son taux directeur en misant sur le fait que cette faiblesse pourrait être temporaire. Mais si elle persiste, les taux baisseront. « Je ne dis pas que la porte est fermée à une baisse de taux, elle ne l’est pas », a indiqué mercredi Stephen Poloz.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Le taux est maintenu à 1,75 %

C’est la dixième fois de suite que le taux directeur reste inchangé. C’était largement attendu. Le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, se montre toutefois préoccupé par le ralentissement de l’économie canadienne depuis la fin de 2019, qui s’est poursuivi au début de cette année. Si cette faiblesse devait persister, « la porte n’est pas fermée à une baisse des taux », a indiqué M. Poloz en conférence de presse.

Il n’en fallait pas plus pour relancer la possibilité d’une baisse des taux avant la fin du mandat du gouverneur, en juin prochain. Il reste trois annonces de taux directeur avant le départ de M. Poloz.

« Ce ne sera pas nécessaire », croit Benoit Durocher, économiste principal de Desjardins, dont le scénario prévoit un rebond de l’activité économique au Canada en 2020.

Aussi, selon lui, la banque centrale hésitera à réduire les taux pour ne pas encourager les ménages à s’endetter davantage.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz

Des signes inquiétants

La banque constate qu’il s’est passé beaucoup de choses depuis son plus récent Rapport sur la politique monétaire, en octobre dernier. « Nous avons reçu une série de chiffres décevants au sujet de la consommation au Canada, a-t-il précisé. Les ventes d’automobiles, les ventes au détail de façon générale, la confiance des consommateurs et la croissance de l’emploi ont toutes faibli. »

Au dernier trimestre de l’année 2019, la croissance sera probablement de seulement 0,3 %. Pour 2020, la banque centrale s’attend à une croissance de 1,6 %, soit un peu moins que ce qu’elle avait prévu en octobre.

Des signes encourageants

Les trois derniers mois ont quand même vu des améliorations, notamment une réduction des tensions commerciales. L’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique est sur le point d’être ratifié par les trois pays signataires, et une trêve a été conclue dans la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Les risques provenant de l’extérieur du Canada sont moins élevés, a souligné le gouverneur Poloz.

Des signes encourageants peuvent aussi être observés au pays. Les dépenses d’investissement « montrent une vigueur inattendue », a-t-il souligné. Le taux d’épargne augmente, ce qui peut avoir des effets positifs et négatifs. D’une part, les ménages consommeront moins, mais d’autre part, ils seront mieux en mesure d’affronter les chocs qui pourraient survenir.

Sous surveillance

Certaines des causes du ralentissement actuel pourraient s’expliquer par des facteurs temporaires. La grève au CN et chez GM de même que l’arrivée hâtive de l’hiver dans les provinces centrales pourraient expliquer une partie de la faiblesse observée au cours des derniers mois, selon la Banque du Canada.

C’est peut-être aussi le signe que « les conditions économiques mondiales affectent l’économie davantage qu’on le prévoyait », avance aussi M. Poloz, qui juge que « la résultante des risques ne justifie pas une baisse des taux d’intérêt à l’heure actuelle ».

Il faudra attendre avant de savoir si le ralentissement est temporaire ou s’il risque de persister, a-t-il conclu. La banque centrale examinera particulièrement l’évolution des dépenses de consommation, le marché du logement et les investissements des entreprises pour décider de la suite des choses.

Inflation : le Québec sort du rang

Le taux d’inflation en décembre a été de 2,2 %, pratiquement inchangé par rapport au mois précédent. Pour l’ensemble de 2019, le taux d’inflation s’établit à 1,9 %, ce qui se compare à 2,3 % en 2018. Le Québec a enregistré un taux d’inflation de 2,1 %, supérieur à la moyenne canadienne.

Les prix des aliments, du transport, du logement et des vêtements ont augmenté, tandis que les dépenses courantes des ménages ainsi que le tabac et les boissons alcoolisées ont diminué, a indiqué mercredi Statistique Canada.

À 1,9 %, le taux d’inflation de 2019 correspond presque à la cible de la Banque du Canada (2 %) et ne constitue pas encore une source d’inquiétude pour elle.