Quand le plus grand investisseur privé au monde annonce un changement de stratégie, on l’écoute. Le PDG de BlackRock, qui gère des fonds de 7000 milliards de dollars américains, a fait savoir la semaine dernière qu’il allait abandonner les investissements dans les entreprises qui présentent des risques élevés pour l’environnement, dont les producteurs de charbon et autres énergies fossiles.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les grands pollueurs auront de plus en plus de mal à se financer, et leur rentabilité souffrira des coûts de financement plus élevés, prévoit Larry Fisk.

Pour les investisseurs qui n’auraient pas encore compris, le message est clair. Investir dans des entreprises soucieuses de l’environnement est peut-être déjà intéressant, mais ça le deviendra de plus en plus. Inversement, les investissements dans certaines activités à risque ne produiront plus les rendements attendus.

Quand il est question de risques environnementaux, on pense surtout aux émissions de gaz à effet de serre. Il y en a au moins un autre, tout aussi important : l’accessibilité à l’eau.

Les investisseurs devraient s’inquiéter autant des activités qui accroissent le stress hydrique dans certaines régions du monde que des émissions de gaz à effet de serre, selon l’analyste Angelo Katsoras, de la Banque Nationale, qui a fouillé le sujet.

L’eau est une ressource renouvelable, mais jusqu’à un certain point. À peine une fraction de toute l’eau sur terre est accessible pour la consommation, et cette accessibilité est réduite par la pollution et les changements climatiques.

Réserves d’eau douce

Comme les réserves d’eau douce ne sont pas distribuées également, certaines régions du globe utilisent l’eau plus rapidement que les réserves peuvent se reconstituer.

C’est le cas en Chine et en Inde, deux des pays les plus peuplés au monde et ceux qui fabriquent une quantité croissante des produits que l’on consomme.

La Chine, par exemple, compte pour 20 % de la population mondiale et comporte seulement 7 % des réserves d’eau. Le pays a déjà commencé à détourner des cours d’eau du sud pour alimenter son agriculture concentrée au nord.

L’Inde, avec 16 % de la population mondiale et seulement 4 % des réserves d’eau, devra faire des choix entre son désir de s’industrialiser et la nécessité de nourrir sa population.

En Asie, c’est l’agriculture qui consomme le plus d’eau. Mais l’augmentation de la population, l’urbanisation et la volonté de s’industrialiser feront augmenter la demande d’eau de façon exponentielle pour les autres usages. Entre 2000 et 2050, l’OCDE prévoit une augmentation de 400 % de la demande d’eau du secteur de la fabrication.

L’Inde veut augmenter la part de la fabrication dans son économie de 15 % à 25 %. Elle veut notamment se spécialiser dans la fabrication de téléphones intelligents, qui exige beaucoup d’eau. Il faut 910 litres d’eau pour fabriquer un seul téléphone. 

Les puces qu’il contient nécessitent l’utilisation d’une eau plus pure que celle destinée à la consommation humaine et qui doit être traitée au préalable. Les mines qui produisent les métaux utilisés dans la fabrication de ces puces et de ces téléphones utilisent aussi d’immenses quantités d’eau.

Les pays riches, comme les États-Unis, se tournent vers le dessalement de l’eau de mer, mais cette solution, en plus d’être très coûteuse, comporte aussi des risques environnementaux. La saumure produite est retournée à la mer et menace la vie sous-marine.

Pénuries d’eau

Les pénuries d’eau commencent à entraver le développement des économies chinoise et indienne. Leurs gouvernements contrôleront de plus en plus la consommation de l’eau, et les entreprises étrangères qui ont investi dans ces pays pour réduire leurs coûts de production pourraient en faire les frais, prévient l’analyste de la Banque Nationale. 

Il est politiquement plus facile d’imposer de fortes hausses de prix ou de restreindre l’approvisionnement en eau à des entreprises étrangères qu’aux habitants et aux entreprises locales.

Angelo Katsoras, analyste de la Banque Nationale

L’accès à l’eau en quantité suffisante, selon lui, deviendra aussi important que les coûts de main-d’œuvre, les prix de l’électricité, les impôts et les infrastructures de transport pour les entreprises qui ratissent la planète en quête de sites d’investissement adaptés.

Et une gestion responsable de l’eau devrait être un critère aussi important que la réduction des gaz à effet de serre pour les investisseurs en quête de placements responsables.

Utilisation actuelle de l’eau douce

Agriculture : 69 %

Industrie : 19 %

Consommation : 12 %

Quantité d’eau nécessaire pour fabriquer... 

Une paire de chaussures en cuir : 16 597 litres

Un jean : 7997 litres

Un téléphone intelligent : 910 litres

Une plaquette de circuits intégrés : 4165 litres d’eau pure