La pandémie a conduit beaucoup de pays à remettre en question leurs chaînes d’approvisionnement et à faire des plans pour rapatrier certaines productions sur leur territoire.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Ce mouvement de repli n’est pas généralisé. Selon une enquête réalisée par l’assureur Euler Hermes, filiale du géant allemand Allianz, auprès de 1181 entreprises dans cinq pays, seulement 15 % d’entre elles envisagent de passer à l’acte, c’est-à-dire de rapatrier des sites de production situés à l’étranger.

Du groupe, ce sont les entreprises américaines qui sont les plus nombreuses à vouloir ramener une partie de leurs activités chez elles. C’est une des trois options préférées pour 21 % d’entre elles.

Ce genre de changement prend du temps et il faudra sans doute des années avant que les chaînes d’approvisionnement se réorganisent. Si ça arrive, les flux commerciaux mondiaux pourraient être complètement chamboulés.

En attendant, malgré la pandémie, le commerce international ne se porte pas si mal. Du moins du côté des marchandises. L’Organisation mondiale du commerce, qui s’attendait cet été à une chute de 12,2 % des échanges internationaux de marchandises, est devenue plus optimiste en fin d’année. Les économistes de l’OMC estiment maintenant que 2020 se terminera avec une baisse de 9,2 % du commerce de marchandises en volume, soit une dégringolade moindre que celle qui a suivi la crise financière de 2008. Pour 2021, l’OMC prévoit une augmentation des échanges internationaux de 7,2 %.

Des produits d’une valeur approchant 20 000 milliards US par année continuent de s’échanger entre les pays.

Plus de direction

Tout ce commerce se fait actuellement dans un vide quasi total, étant donné que l’OMC n’a plus de direction depuis la démission de son directeur général en avril dernier et que ses principales instances sont paralysées. Les pays se battent à coups de tarifs et de quotas sans que l’OMC, qui a été créée expressément pour s’élever au-dessus de la mêlée et arbitrer les différends, puisse y faire quoi que ce soit. L’avion vole, mais sans pilote à bord.

Au terme d’un processus qui fait penser à celui qui a cours au Vatican, l’OMC a fini par trouver quelqu’un prêt à s’installer au poste de pilotage. La Nigériane Ngoz Okonjo-Iawela aurait dû devenir la première femme à occuper la direction générale de l’OMC, mais sa nomination, qui doit faire l’objet d’un consensus des pays membres, n’a pas été confirmée parce qu’elle n’a pas le soutien des États-Unis.

C’est la suite logique de la campagne d’obstruction menée par l’administration Trump contre l’organisation. Les États-Unis avaient bloqué le mécanisme de règlement des différends de l’OMC en refusant d’approuver la nomination des juges de ce tribunal de dernier recours, ce qui l’a rendu inopérant.

C’est le cul-de-sac, au moment où le besoin d’un arbitre international, aussi imparfait que peut l’être l’OMC, est plus grand que jamais. Les guerres de tarifs se multiplient et pourraient empirer si un nombre croissant de pays décident de rapatrier des activités délocalisées dans les pays à faible coût de main-d’œuvre. Il y a de fortes chances qu’ils imposent des tarifs pour protéger ces activités de la concurrence et assurer leur viabilité.

Si le Royaume-Uni quitte l’Europe sans entente, les échanges entre les deux parties seront régis par des droits de douane ou des quotas, avec un potentiel élevé de conflits à régler. Et même s’il y a une entente, qui tranchera les différends qui surgiront de sa mise en application ? Comme on le sait trop bien ici, ce n’est pas parce que le Canada a une entente de libre-échange avec les États-Unis qu’il peut se passer de l’OMC.

Toute la question de l’accès aux vaccins contre la COVID-19 mériterait aussi d’être évaluée par une instance indépendante, au-delà des intérêts commerciaux des pays.

Faute d’avoir trouvé mieux, le monde a encore besoin de l’OMC. Reste à voir si le changement d’administration aux États-Unis sera suffisant pour permettre à l’appareil de reprendre de l’altitude et de jouer son rôle.