Après avoir trébuché en octobre, le marché du travail québécois s’est remis à croître en novembre, mais à plus petits pas.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’économie québécoise a récupéré 15 700 emplois en novembre et le taux de chômage a fléchi, passant de 7,7 % à 7,2 %, a fait savoir vendredi Statistique Canada.

« Il fallait s’attendre à une progression modérée de l’emploi compte tenu des mesures appliquées pour freiner la progression de la COVID-19 », a commenté l’économiste principale de Desjardins, Joëlle Noreau.

Malgré le gain de novembre, les emplois ont continué de disparaître dans les secteurs les plus affectés par les mesures sanitaires. Plus de 37 000 emplois sont disparus dans l’hébergement et la restauration, et le secteur de l’information, de la culture et des loisirs a perdu 15 000 emplois.

Des secteurs à la traîne

Le marché du travail québécois s’est remis à croître en mai, mais la récupération des emplois perdus en mars et en avril à cause du confinement ne se fait pas au même rythme dans tous les secteurs d’activité. Certains secteurs ont maintenant plus d’employés qu’avant la pandémie, en février. C’est le cas du commerce de gros et de détail, des services professionnels, de la santé et de l’enseignement.

Dans le secteur de la fabrication, le niveau d’emploi est à 96,3 % de ce qu’il était en février et de 94,5 % dans la construction. En comparaison, le secteur de l’hébergement et la restauration a récupéré seulement 65,9 % des emplois qu’il avait en février, et le secteur de la culture et des loisirs est à seulement 78,9 %.

En moyenne, l’économie québécoise a récupéré 85 % des emplois perdus en mars et avril, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Récupération terminée à Québec

À Québec, il y avait plus d’emplois en novembre qu’en février avant le début de la crise, relève Émile Émond, économiste de Québec international.

Le taux de chômage dans la capitale s’établit à 4,3 %, le niveau le plus bas au Canada. Avant la crise, il était encore plus bas, à 4,1 %.

À Montréal, le taux de chômage est passé de 9,6 % en octobre à 8,5 % en novembre.

Tant pour le Canada que pour le Québec, l’enquête de novembre de Statistique Canada ne tient pas compte de l’impact de la hausse généralisée des cas d’infection survenue depuis. Le prochain portrait du marché du travail sera publié le 8 janvier.

Une reprise inégale

Au Canada, l’économie a récupéré 80 % des emplois de février. Le taux de chômage est passé de 8,9 % en octobre à 8,5 % en novembre. Toutes les provinces, à l’exception des Prairies très affectées par le virus, enregistrent des gains d’emplois.

La création de 62 100 emplois en novembre est la plus faible des sept derniers mois, mais elle est supérieure aux attentes des analystes. Il faut dire que l’enquête de Statistique Canada a été réalisée avant la mise en place de mesures sanitaires plus contraignantes en Ontario.

Les prochains mois seront plus difficiles pour le marché du travail.

Benoit Durocher, économiste principal de Desjardins

« Ça peut être long et en montagnes russes, avec des contre-performances tant dans le marché du travail que dans l’économie en général », estime-t-il.

Les balises d’Ottawa

Dans sa mise à jour budgétaire de lundi dernier, la ministre des Finances Chrystia Freeland a dit que son gouvernement surveillerait le taux de chômage, le taux d’emploi et le nombre d’heures travaillées pour juger si l’économie a encore besoin de soutien.

« Ces déclencheurs, a dit Mme Freeland, nous permettront de savoir quand la remise sur pied faisant suite à la récession causée par la COVID-19 sera terminée. Nous pourrons à ce moment-là mettre fin aux dépenses de stimulation ponctuelles. »

À 8,5 %, le taux de chômage de novembre est encore beaucoup plus élevé qu’en février (5,6 %). Le taux d’emploi, qui mesure le nombre d’emplois par rapport à la population totale, était de 61,8 % en février. Il avait baissé jusqu’à 52,1 % en avril et il est maintenant remonté à 59,5 %.

Quant au nombre total d’heures travaillées, il accuse encore un retard de 5 % par rapport à son niveau de février, un signe que la main-d’œuvre reste sous-utilisée.

Les économistes de la Banque Nationale Matthieu Arseneau et Alexandra Ducharme notent qu’un nombre élevé de Canadiens bénéficient encore de la subvention salariale d’urgence. « Au mois d’octobre, au moins 1,5 million de travailleurs étaient encore couverts par ce programme alors que le nombre de demandes continue de croître », soulignent-ils dans un rapport publié vendredi.

Le marché américain de l’emploi attrape le virus

L’économie américaine a gagné seulement 245 000 emplois en novembre, comparativement à 610 000 en octobre et 711 000 en septembre. C’est la plus faible progression de l’emploi depuis sept mois. Le taux de chômage a quand même baissé, de 6,9 % en octobre à 6,7 % en novembre, parce qu’un grand nombre d’Américains ont quitté le marché du travail. Beaucoup de femmes, par exemple, ont décidé de rester à la maison pour s’occuper des enfants parce les écoles sont fermées. La situation risque d’empirer avec l’augmentation des infections et la multiplication des mesures sanitaires partout au pays. Il y avait 10,7 millions d’Américains en chômage en novembre, soit près de 5 millions de plus qu’en février, selon le département du Travail des États-Unis.